Gertrude, Place de la négresse

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Si nos routes, et notamment les carrefours giratoires qui les jalonnent, sont ponctués de repères historiques généralement représentés sous forme de sculptures, force est de constater que la place des femmes reste limitée.

Après vous avoir narré le combat contre l’esclavage mené par la Mulâtresse Solitude dont la statue trône sur le Boulevard des héros aux Abymes, nous vous entraînons à la découverte d’un portrait de femme, certes moins célèbre, et néanmoins partie intégrante de l’histoire guadeloupéenne.

La place Gertrude

Située à proximité de l’église Notre Dame de Bon-Port à Petit-Bourg, la statue de Gertrude, haute de sept mètres et composée de pierres et de métal, a été réalisée par un artiste guadeloupéen de renom ; Michel Rovélas, lauréat du concours organisé par la ville de Petit-Bourg, durant la mandature du Maire Dominique Larifla, a choisi d’immortaliser Gertrude dans une posture de résistance, le poing levé.

Le procès de Gertrude

Dans les plantations, certains esclaves choisissaient de s’enfuir et de résister activement, d’autres (dont beaucoup de femmes) décidaient de se suicider, de pratiquer l’infanticide ou encore d’avoir recours aux poisons. L’empoisonnement constituait ainsi un acte de résistance très pratiqué. Il s’observait dans toute la Caraïbe à partir de 1720 provoquant la terreur des colons. Dans les colonies françaises, les esclaves jugés pour ce crime étaient condamnés à être brûlés vifs.

C’est dans la Région de Petit-Bourg que s’est déroulée l’affaire « Gertrude ». Ce fait divers retentissant a marqué le territoire dans les années 1820, période de tensions depuis 1802, date du rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe et en Martinique. Accusée d’être à l’origine de la mort de plusieurs dizaines de personnes et d’avoir répandu du poison sur les terres où allaient paître les animaux, Gertrude fut convaincue d’empoisonnement après que des boissons nocives aient été retrouvées en sa possession. Elle fut, de ce fait, suspectée de faire partie d’un réseau de résistance sans toutefois jamais l’avouer.

Elle est traduite devant le tribunal en compagnie de six autres esclaves dont sa fille, Perrine. Le 17 janvier 1822, jour du procès, seuls cinq prévenus sont présents car deux des présumées complices sont mortes en prison. Perrine, faute de preuves à son encontre, sera renvoyée chez son maître. Une autre femme répondant au nom de Marabou sera emprisonnée pendant un an. Le seul homme, Jean-Philippe ne sera pas condamné à la peine capitale mais sera battu, marqué au fer et emprisonné. Gertrude, âgée de 56 ans, est condamnée à être brûlée vive. Après un appel, la sentence est révisée ; Gertrude sera pendue puis brûlée. Son exécution a lieu le 8 février 1822.

Une stèle qui porte son nom a été érigée le 8 février 1998 afin d’honorer sa mémoire.

L’artiste

La conception de ce monument a été confiée à un artiste guadeloupéen à la renommée internationale réputé pour ses oeuvres monumentales. Michel Rovélas présente régulièrement ses peintures et sculptures au travers d’expositions dont la dernière s’est déroulée à la Fondation Clément en juin 2017.

Autres oeuvres monumentales conçues par Michel Rovélas en Guadeloupe :
– Place de la salle des fêtes au Lamentin : Monument en bois et métal à la mémoire de l’ancien Maire René Toribio,
– Carrefour giratoire de Basse Terre représentant des chevaux cabrés intitulé « Sé la vi la ki pli bèl » est inachevé à ce jour puisque l’animation d’eau qui devrait couvrir et masquer entièrement le ventre des quatre chevaux n’est toujours pas en oeuvre à ce jour.
– Sur l’axe Pointe-à-Pitre/Gosier au carrefour giratoire de Blanchard « Douvan jou a jôdi la ou les matins du présent »,
– Carrefour giratoire menant à l’aéroport Pôle Caraïbes « Assez pléré, An mou Litté’ ».

Texte : Christine Morel – ©  SIMAX COMMUNICATION

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