L’art et l’Histoire, un lien étroit

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Au détour d’une route ou bien surplombant un carrefour giratoire, nous avons tous l’occasion d’admirer le travail d’artistes aux univers variés sans, bien souvent, s’interroger sur la signification des oeuvres ainsi présentées.

Nous avons choisi, pour cette édition, de nous intéresser au travail d’un artiste dont les oeuvres mémorielles jalonnent les routes de la Grande-Terre. Jocelyn PEZERON, professeur d’Histoire de l’Art, guadeloupéen passionné par la sculpture, compte parmi les créateurs sollicités à plusieurs reprises pour la conception de ces repères historiques.

Nous débutons notre balade dans le Nord Grande-Terre sur le territoire de Petit-Canal et précisément sur le site de l’Escalier aux esclaves. C’est au bas des 49 marches en pierre de taille que devaient parcourir les esclaves débarqués des bateaux, que vous pouvez découvrir un tambour africain surmonté d’une flamme. Ce djenmbé a été sculpté dans le béton puis peint. Il a été inauguré le 28 mai 1994 par M. Florent MITEL, Maire de Petit-Canal et le comité 94, à l’occasion du bicentenaire de la première abolition de l’esclavage en Guadeloupe (le 7 juin 1794).

En suivant la direction de Saint-François lorsque vous venez du Moule, vous rencontrerez dans le secteur de Bois de Vipart, un autre monument en béton baptisé « Aux esclaves morts pour la liberté ». Il commémore la deuxième abolition de l’esclavage érigé le 27 mai 1998, date anniversaire du cent cinquantenaire de l’Abolition de l’esclavage et inauguré en présence de la Ministre de la Culture Catherine TRAUTMAN.

Cette oeuvre fait référence aux conditions de traitement des esclaves et rend hommage aux hommes et femmes qui on lutté pour la liberté (Solitude, Delgrès et Ignace). Sur le livre sont mentionnés les termes « Afrique, Escale, Torture, Fouet, Nèg Mawon, Liberté ». «Cette oeuvre est probablement la plus synthétique de toutes. Elle rappelle notre passé d’esclaves et propose une solution pour l’avenir Le triangle, c’est en mémoire du commerce triangulaire, les anneaux de la chaîne renvoient à nos années de servitude, et le boulet illustre le poids de cette période que nous traînons encore aujourd’hui. Le livre qui sort du tambour, c’est notre avenir qui se joue sur deux tableaux, l’occidental et l’africain. ». Jocelyn PEZERON

« Le Batteur de Matalon » visible à Pombiray (Saint-François) aborde un pan de l’Histoire qui fait suite à l’abolition de l’esclavage et unissant ainsi la Guadeloupe, la Martinique à l’Inde. Les descendants des immigrants indiens qui se sont aventurés dans ce voyage vers les Antilles sont particulièrement attachés à leurs racines. Cette présence indienne s’observe notamment aux alentours de Saint-François, territoire sur lequel la communauté est très présente.

L’artiste a conçu cette oeuvre en béton en 1999 à la demande de la communauté indienne afin de se souvenir de l’arrivée de leurs ancêtres. Le site accueille leur fête de commémoration annuelle.

Comme pour les oeuvres précédentes, Jocelyn PEZERON utilise des symboles forts avec un « batteur de matalon » doté du tambour traditionnel indien (tapou).

En revenant vers le Sud de la Grande Terre, le mémorial du « Nèg Mawon », réalisé en béton armé et fibre de verre, se dresse au niveau du giratoire situé à la sortie de Sainte- Anne. Inauguré en 2002 à l’occasion du bicentenaire de la révolte de 1802, suite au rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte. Le monument rappelle les traitements infligés aux esclaves qui tentaient de s’enfuir. Là-encore, le travail de recherche de l’artiste et son choix de reproduire avec précisions le contexte historique de l’artiste s’avèrent saisissants.

TEXTE : CHRISTINE MOREL – PHOTOS : SIMAX COMMUNICATION

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