Tous les chemins mènent à Foyal

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Lorsque l’on se représente la Martinique, il n’est guère de dessin plus familier et fidèle que celui des routes ! Des voies immenses aux chemins étroits, c’est un réseau densément ramifié qui structure l’île depuis force de temps.

Par monts et par mornes, léchées par la mer ou grignotées par la mousse et les herbes folles, les routes nous content une histoire méconnue et singulière.

A l’assaut d’une île sauvage et indocile

Très vite, l’intuition de l’administration coloniale, du gouverneur Blénac notamment, se porte sur le réseau de communication comme l’outil essentiel de développement de la Colonie. Les premiers chemins royaux, qui n’ont de route que l’esprit et relient péniblement Saint-Pierre et Trinité à Fort- Royal sont abrupts, suivent des lignes de crête, plongent dans des rivières qu’ils ne traversent qu’à guet. Les constructions sont longues, les avancées poussives : au début du 18e siècle, les voies restent impraticables et l’on continue de se déplacer à cheval ou à pied entre les ornières et les nids-de-poule.

Il faut dire que parvenir à entretenir et développer le réseau, sur tous ces siècles, relève du Vaudeville. L’argent manque cruellement dans les caisses du Conseil de la colonie. La technique est pauvre et les outils inexistants, les ingénieurs des Ponts et Chaussées proposent des ouvrages en dehors des réalités climatiques. L’entretien, délégué à fort prix à des entrepreneurs sans expérience, relève plus de la collusion politique et économique qu’à un schéma directeur réel.

Chacun sa route, chacun son chemin

Et comme une mauvaise gestion n’arrive jamais seule, il faut ajouter à ce casse-tête administratif l’histoire des cataclysmes qui dévastent les structures : séismes, ouragans, crues, glissements de terrains, peu d’ouvrages survivent aux accros du temps et c’est une lutte perpétuelle contre une nature féroce. C’est l’arrivée de la voiture, massive à partir du début du XXe siècle, qui opère, dans un contexte plus favorable, les inflexions majeures à ce modèle désastreux. Le bon vouloir de l’administration, de l’armée et des citoyens consolide le réseau. Avec la départementalisation les choses se clarifient, les grands travaux suivent pour donner à la carte routière de l’île son profil actuel. La formation de la Collectivité unique simplifie sans doute encore les choses : elle est aujourd’hui en charge de la majeure partie du réseau de routes nationales, soit près de 630 km de voirie.

A chaque terroir son emblème

Les routes telles que nous les connaissons aujourd’hui datent donc souvent de la seconde moitié du XXème, où l’effort de structuration est très important, pour irriguer une Martinique en pleine croissance. La Rocade, le lacet qui délimite depuis les années 1980 le centre-ville de Foyal de sa périphérie montagneuse enjambe la ville et forme un balcon prestigieux sur toute la baie. A l’opposé, la Trace, d’abord dessinée par les Jésuites au 17ème, est une plongée au coeur de la Martinique luxuriante et montagneuse. La route du Sud, elle, permet d’éviter les centre-bourgs des communes de plaine, et remplace la RN8 tortueuse et congestionnée, porteuse d’un dynamisme inattendu pour la région. Son pendant du Nord, la route de la Corniche Caraïbe, reste la plus imprévisible et pittoresque. Elle cumule tous les aléas, s’enclave entre falaise et mer, éventre les bourgs, parait même être un manège vertigineux, tant elle doit s’accrocher aux mornes et glisser dans les ravines et les anses. Voie essentielle, artère du Nord Caraïbe, elle est aussi un trépidant passage entre terre et mer, où l’on ne devine plus si l’on circule encore sur le dur où déjà sur l’eau.

TEXTE CORINNE DAUNAR – © FONDATION CLÉMENT L.HAYOT

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