Vélo, figure du patrimoine ancestral

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A l’angle des rues Saint-John Perse et Nozières de Pointe-à-Pitre, qui comptent parmi les plus fréquentées de la ville, se dresse un monument qui interpelle les touristes ; l’homme qu’elle représente est, par contre, parfaitement connu de toute la population.

Marcel Lollia, surnommé Vélo, reste présent dans les esprits de tous les Guadeloupéens et notamment des fervents adeptes ou simples amateurs du Gwo Ka. Une statue à échelle humaine le représente dans une posture qu’il appréciait tout particulièrement, celle du tambouyé. Il apparaît souriant et sur le point de frapper le tambour de ses deux mains.

Une vie faite de simplicité malgré sa notoriété

Né en 1931, Marcel Lollia, nomade dans l’âme, a vécu très chichement toute sa vie, avec très peu d’argent et sans logement. Il est initié au Gwo Ka par un grand maître en la matière, François Mauléon, dit Carnot, dont l’instrument était alors un tonneau sur lequel était tendue une peau de cabri séchée.

Après avoir fait partie d’un des premiers groupes Gwo Ka (Takouta) dans les années 70, Marcel Lollia participe à la création du groupe Akiyo mais il le quitte ensuite.

Le Gwo Ka, sa raison de vivre

Chacun pouvait le rencontrer dans Pointe-à-Pitre, muni de son tambour, arpentant les rues, en quête du meilleur emplacement pour jouer et ainsi jouir de l’attention des passants, sa seule récompense. On pouvait également le retrouver égayer les fêtes communales. L’animation qui émanait du lieu où il s’installait constituait un réel atout notamment pour les commerçants alentours. Certains d’entre eux, loin de se plaindre du bruit et conscients de l’attrait que Vélo provoquait, n’hésitaient pas à le solliciter afin qu’il joue devant leur échoppe, pour attirer la clientèle. Bien qu’illettré, il émanait des textes de Vélo, une réelle poésie, qui associés aux rythmes du Ka, interpellaient le public.

Une vie de misère, des funérailles publiques

À sa mort le 5 juin 1984, après une longue maladie, une foule immense l’accompagne jusqu’à sa dernière demeure.

De nombreux disciples

L’homme figure au rang des précurseurs du Gwo Ka en ayant participé activement à la démocratisation de cet art qui s’est imposé dans les années 60. Le Gwo Ka fait partie du patrimoine ancestral de la Guadeloupe, étant issu de la période de l’esclavage. Encore de nos jours, afin de lui rendre hommage, des percussionnistes viennent perpétuer son art en venant jouer du Gwo Ka, notamment le samedi matin, jour de grande affluence dans les rues de Pointe-à-Pitre. De nombreux maîtres Ka entretiennent la mémoire de Vélo, devenu un des symboles de la musique traditionnelle guadeloupéenne.

L’hommage solennel à Vélo

Le 5 juin 2004, vingt ans après la mort de Vélo, une statue est inaugurée à l’initiative du mouvement culturel AKIYO. Cette réalisation en bronze est confiée au sculpteur Jacky Poulier, concepteur d’autres hommages à des personnalités telles que la Mulâtresse Solitude, Delgrès ou Ignace, immortalisées sur le Boulevard des Héros dans la ville des Abymes. Le monument Cent Chaînes situé place de la Victoire à Pointe-à-Pitre compte également parmi les oeuvres de cet artiste. Malheureusement, la statue a fait l’objet de plusieurs dégradations. Des exactions qui ont été vivement désapprouvées par la population. Ainsi, après une année d’absence, le 7 décembre 2014, jour anniversaire de la naissance de Vélo, la statue couverte de résine, est inaugurée, devant une foule enthousiaste et en présence de Jacques Bangou, Maire de Pointe-à-Pitre, après un déboulé d’Akiyo, Nasyon a Neg Mawon et Mas ka klé.

TEXTE : CHRISTINE MOREL – PHOTOS : SIMAX COMMUNICATION

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