Le transport collectif à la Martinique

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C’est sans doute le sucre de ces grandes transhumances : descendre à Foyal dans un taxi collectif pétaradant et zigzaguant, au milieu d’un flot de voitures affairées et de voies de communications gonflées. Aujourd’hui plus anecdotiques, ces trajets, marqués par l’usage persistants des Communs, portent pourtant encore en eux l’histoire moderne de la conquête routière, et collective, de l’île.

Pouvoir visiter l’île rapidement, certainement et en sécurité, voilà déjà un principe qui anime ses premiers occupants. Evidemment, les premières traversées de l’île sont en leur creux, des périples éprouvants et aux issues parfois incertaines. Mais à mesure, les voies se carrossent, les flancs se colonisent, les fonds se domptent, à dos d’animal ou en marchant, puis bientôt en attelages à boeuf ou à cheval.

Le déplacement, un incontournable de la maîtrise du territoire

Les prémices des réseaux collectifs les plus modernes préfèrent naître en ville. En 1896, le Conseil Général se prononce sur plusieurs projets tramway, à Fort-de-France ou à Saint-Pierre : dès le début du siècle, c’est un tramway hippomobile qui sillonne les rues de la capitale du Nord, emportant dans son sillage voyageurs, colis et courriers. Pour commencer à courir la campagne en commun, il faut attendre 1905 et le tout premier transport collectif moderne et automobile, abondé à l’année par une subvention annuelle entre le Lamentin et la capitale. Mais l’idée est lancée !

En parallèle le transport maritime se développe autour de la marchandise et le transport de grands-voyageurs. . Entre Saint-Pierre, Fort-Royal, les bourgs côtiers et même le Marin, s’organise la valse des flotilles : les canots à rames sont bientôt remplacés par des vapeurs aux noms de richesses : Topaze, Diamant, Rubis… Dans les canaux et petites rivières de la plaine du centre, des yachts, bacs bruyants, transportaient les voyageurs ruraux et tractaient d’immenses barges de marchandises.

La route devient la norme

Plus loin dans le XIXe siècle, voilà, dans cette Martinique moderne, bientôt département, le temps des taxis-pays. Le premier s’élance en 1926, inconfortable camion redessiné en autobus. Leurs grosses carrosseries de bois et leurs galeries débordantes s’ébrouent sur les routes cabossées du nord et du Sud pour une poignée de sous. Au coeur de l’irrigation mercantiles, humaines, de l’île, ces relais bruyants des radios bwa-patat’ débarquent de bonne heure des hordes en affaires, sur la Savane ou la place Galliéni. Leur héritage, c’est le Taxico, et son pendant alternatif, le taxi marron, dans des véhicules plus vifs, mais tout aussi chahutants.

Bientôt offerte au tout routier, Madinina se zèbre de réseaux, et le transport collectif prend une toute nouvelle ampleur. Pour les habitants de Foyal et de sa grande couronne les Bombes sont déjà à l’oeuvre en cette matinée de 1956 : ces grandes camionnettes aménagées sillonnent les quartiers, remontent vers Sainte-Thérèse, Redoute ou Didier, et vomissent des milliers d’urbains en plein centre-ville, à la Croix Mission. Sur ce territoire macrocéphale, l’avènement de la route ne fait plus de doute, celui de la voiture individuelle ne tardera guère, entrainant, avec elle, le déclin de tout un pan d’organisation de l’île.

Un réseau qui maille le territoire

C’est cette histoire bien singulière qui marque aujourd’hui la réflexion des décideurs publics : redonner au commun sa flamme, traiter le collectif dans la gourmandise de l’individuel. La reconquête des communs, de l’espace, c’est aujourd’hui le TCSP, ce fameux Transport en Commun en Site Propre qui s’accroche à l’axe vertébral de l’île pour le repeupler du voyageur piéton. Ses matériels roulants, petit concentré de technologie, promettent d’être bien plus rapides, réguliers et confortables que tous leurs prédécesseurs, sur les mêmes traces, pour autant, que les chamarrés taxi-pays. bacs bruyants, transportaient les voyageurs ruraux et tractaient d’immenses barges de marchandises.

Texte : Corinne Daunar – Photos : © Collection L. Hayot Fondation Clément et C. Daunar

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