Les z’arts et la nature

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Ils se fondent à merveille dans nos paysages bétonnés et bientôt y disparaissent : les jardins urbains, et autres invitations du vert au coeur de la cité, portent au détour d’un rond-point, sur un mur ou le long d’une route noircie une nature toute en générosité…

Sanctuaire de l’esprit, laboratoire d’expérimentation, acte créatif sans cesse réinventé, ils rappellent au monde urbanisé ses origines premières. Et si toute l’ile se pare de vert, de communes fleuries en bourgs ruraux, c’est à la périphérie de Fort-de-France, à Cluny, Madiana ou la Colline que la nature s’infiltre dans l’urbain.

Case Navire, oasis de créativité

Case Navire, devenu véritable oasis de créativité, accueille les premiers pas de cette balade hybride. Il faut dire que les agents municipaux de la mairie de Schoelcher brillent d’un talent hors norme, pour faire rayonner la commune. Dans cette pépinière à idées, des jardiniers d’un genre nouveau labourent les trottoirs. Preuve d’une dynamique de fond, les travaux paysagers de la ville sont récompensés en 2010 par le jury «villes et villages fleuris».

Dans ce lieu d’expérimentation, toute une équipe passionnée créée des espaces de découvertes et réveillent la nature de ces sols urbains.

Madiana la bucolique

La promenade se poursuit sur les murs du pont de la RN2 à Madiana, mélodieuse et bucolique. La fresque est l’oeuvre d’un duo bien connu, Claude Cauquil et Mikaël Caruge. Sur cette peinture, c’est tout un pan d’histoire qui se raconte, sur les deux premières décennies du département. Orientée vers la musique et la danse, la fresque s’appuie sur une dominante chromatique faite de nuances de vert, intégrant parfaitement le visuel au paysage. D’ailleurs en retrait, un champ de canne rappelle qu’à cet endroit précis se situait autrefois l’habitation de Roy-Camille productrice de rhum, prémice d’une nature déjà domptée. C’est finalement toute une histoire qui se projette ici, comme un clin d’oeil au palais des Congrès.

La station Madininair

Plus ancrée à la cité et ses exponentiels développements, se dresse, discrète, la station d’analyse de l’air de Madininair au coeur du bourg à deux pas du collège Vincent Placoly. Délicatement habillée de fresques, la station de Schoelcher se dérobe à la vue de beaucoup. Dégradée, elle est remise en état par son propriétaire dont l’idée est alors de la revaloriser et de la muter en un support de médiation, espace de sensibilisation et d’enseignement quant à l’air et à l’environnement.

Art brut en jardin exalté

En quittant la cité et en regagnant l’autoroute en direction du sud, c’est un jardin bien peu ordinaire qui s’offre aux automobilistes. Tous se souviennent de cet étrange personnage, Roger Procolam qui, armé d’une pelle, de deux pneus et d’un jeune croton, cultivait son jardin à l’ombre du pont de Valmenière, en défiant les affres de la circulation.

En autodidacte, l’homme, bien éloigné de considérations intellectuelles ou artistiques, s’est épanoui à travers un art brut et végétal saisissant. Dans cette dynamique, que théorise bien le peintre français Jean Dubuffet en 1945, notre artiste en herbe crée hors de toutes normes esthétiques convenues et tire ses créations de sa propre histoire, en dehors de toute influence classique et structurée.

La force de l’oeuvre est de se faire mouvante, irréfléchie, mais puissante, et d’exister à travers l’ensemble de ses strates, spatiales comme temporelles, qu’elles soient voulues ou spontanées. Aujourd’hui, la nature a repris ses droits et le jardin de Roger Procolam peu à peu abandonné, s’est épanoui à souhait. En ultime héritage, il redonne à notre autoroute asphyxiée, à l’instar d’une volonté des municipalités à embellir nos cités, une grande bouffée d’humanité.

Texte & Photos : Corinne Daunar

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