Chantal Belpaume, l’école de la patience

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D’ici et d’ailleurs, gourmande en influences, cette enfant du monde s’épanouit dans une nature qu’elle peint avec une patience infinie. Sous son pinceau, ce sont les couleurs vives, le trait précis, les expérimentations ininterrompues qui établissent son terrain d’expression. Chantal Belpaume est une artiste peintre au sensible exacerbé, engagée, généreuse et passionnée. Rencontre.

Branchée sur une pile, le nez collé sur le papier, le verbe rapide, Chantal saute d’une aquarelle à l’autre et distille son savoirfaire à un petit groupe d’initiés. Dans ce cours, les générations en quête d’autonomie se mêlent autour d’un même désir : le dessin ou la peinture. Et comme l’enthousiasme ne vaut d’être vécu que s’il est partagé, Chantal Belpaume meut depuis peu son atelier en école….pas comme les autres.

De la perception au trait

Dans cet espace de convivialité, l’aquarelle est de mise et les expériences sont de rigueur. Avant-gardiste et visionnaire, l’artiste propose de faire évoluer le cerveau droit de ses élèves, dans une technique originale dont l’idée forte est que le dessin commence d’abord par la perception, très différentes suivant l’hémisphère cérébral mobilisé. Au gauche, rationnel, segmenté et analytique s’opposerait une partie droite bien plus irrationnelle, spatiale et globale.

Un maitre à penser, de l’humilité à la recherche

Une fois seule dans son atelier, elle se saisit de son livre de chevet, un grand ouvrage de Fugaku Hyakkei qu’elle égrène à voix claire. « Depuis l’âge de 6 ans, j’avais la manie de dessiner la forme des objets. Vers l’âge de cinquante ans, j’avais publié une infinité de dessins, mais tout ce que j’ai produit avant l’âge de 70 ans ne vaut pas d’être conté. C’est à l’âge de soixantetreize ans que j’ai compris à peu près la structure de la nature vraie, des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des insectes. Par conséquent, à l’âge de 80 ans j’avais fait encore plus de progrès, à 90 ans je pénétrai le mystère des choses, à 100 ans je serai parvenu à degré de merveille et quand j’aurai 110 ans, chez moi, un point une ligne, tout sera vivant. »

De cette sentence de l’artiste japonnais, chantre du XIXe siècle, Chantal Belpaume fait sa philosophie de vie. Une vie ne suffit guère à apprendre, elle ne permet tout au mieux que de contempler puis, puis lentement de tendre vers l’essence même des éléments, à travers le trait, la matière ou la couleur.

L’école de la vie

Pour Chantal, tout débute dans l’adolescence, quand le dessin prend la figure d’une passion. Curieuse, piquée, elle apprend vite, et tout en précision et en patience s’attele à vivre pleinement de son art. Et pourtant, ce petit bout de femme au large coeur n’avait en rien imaginé un tel dessein.

Après des études classiques de gestion en entreprise, elle pressent très vite que ses envies l’appellent ailleurs. Inscrite en cours du soir dans une école d’art elle s’essaie à la restauration de tableaux et découvre alors les grands formats et se perfectionne dans le figuratif. De passion cet art devient raison et envahit rapidement son quotidien et son espace. Le dessin se fait un souffle de vie et nourrit son esprit d’une énergie abondante, créatrice et précieuse. En se fondant dans le monde qui l’entoure, même dans le champ du connu, elle s’épanouit dans un étonnement, une redécouverte de tous les instants : Un boeuf somnolant sous la canopée d’un flamboyant, le charivari d’une rue marchande de Fort de France un samedi, l’écume de mer frappant un rocher…

Et puis encore là : un ciel soudainement zébré, l’aube comme naissante pour la première fois, un imperceptible mouvement viennent recomposer sous l’oeil l’apparente constance du monde, pourtant puissamment mûe par la transformation perpétuelle. Car pour l’artiste seule l’impermanence est permanente.

Elle fixe sur sa toile avec infinie précision des moments uniques d’émotion avant que la marche du temps ne les efface à jamais.

C’est ainsi que Chantal ancrée en Martinique depuis de nombreuses années donne aujourd’hui à voir une île luxuriante, riche et généreuse, sans doute autant qu’une peinture dans laquelle il fait bon se promener.

Texte & Photos : Corinne DAUNAR

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