Charpentier ou l’amour du métier

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C’est à Sainte Luce, dans le vaste atelier de son entreprise C., que l’on retrouve Christian Marimoutou, entouré de ses outils. La cinquantaine pétillante, Christian construit sa deuxième vie dans le bois. Après deux décennies d’existence passées au chevet des châssis de voiture, il troque ses clés contre ciseaux, ébauchoirs et herminettes pour son plus grand bonheur. Il faut dire qu’en circonvolutions de temps, le bois reste une affaire de famille. Son grand-père déjà travaillait le bois. Artisan, il s’est engagé sur la route vaste de la façon de bois, comme son aïeul des montants d’ans plus tôt, concevait les vérandas et structures à la pointe de l’outil, à la scie manuelle. C’était aussi l’époque du traitement au gasoil, du beau, du noble bois. Le compagnonnage, d’une certaine manière, n’est jamais très loin, et permet de partager les techniques, les expériences, les compétences. C’est dans cette solidarité de la profession, de l’atelier, que Christian prend le sens de sa profession. D’ailleurs, bien au-delà de l’atelier, le métier est porté par une disposition générale : celle de l’équilibre, dans la vie, dans l’approche, dans la pensée. Le charpentier est au coeur de la construction, responsable de la pièce maitresse de l’habitation : la toiture, essentielle, complexe.

De la curiosité à l’atelier

Finalement, tout commence à l’atelier. Là, dans le ventre mécanique des machines-outils, la morsure des scies, le nuage des rabots et autres outils de façon, se dessine la charpente. C’est dans cet environnement que Christian trouve à s’épanouir: il aime les rouages, les lames, les tours et créer à partir du brut les structures les plus fines. Pour une charpente, rien n’est laissé à la chance ou à l’approximation : le projet se dessine d’abord, les traverses, les poutres, se marquent et s’entaillent avant d’être assemblées. Dans l’environnement Martinique, le charpentier est d’abord un fin connaisseur et un artisan d’expérience : l’humidité que l’on sait impacte tout particulièrement le bois, vivant et malléable. Le savoir des anciens, lui, fait encore sens : il éclaire sur le caractère du bois, son percement, son renforcement, son évolution dans le temps. Pas un mouvement de tasseau, un gonflement de fibre, un fléchissement de bastingue ne être ignoré lors de la conception. Et au coeur du métier, un unique matériau, aux innombrables déclinaisons : le bois, en Martinique, s’épanouit dans un environnement tropical bien capricieux. Christian, lui, porte sa préférence sur ces essences exotiques : les bois rouges, notamment, acajou, courbaril, révèlent toute leur intensité dans la confection de mobilier. Les bois blancs, eux, s’ajustent parfaitement à la charpente et aux structures complexes.

Une île de chantiers

Sur le terrain, passé l’atelier, c’est toute l’île qui devient son terrain de jeu. Dans un contexte où les charpentes ont su s’adapter, les artisans locaux s’appuient sur des savoir-faire tout particulièrement adaptés à la région : les toitures, souvent, se font résistantes aux conditions climatiques ; les charpentes s’adaptent à l’aléa sismique. A l’histoire aussi, qui se pose en première ligne des rénovations de bâtiments d’intérêt patrimonial. Christian le sait, et parvient à faire évoluer son métier, en adaptant les techniques anciennes, les matériaux historiques et les normes strictes de la construction moderne. Dans cette rencontre de pratiques, chaque chantier se fait défi. Parmi ses belles oeuvres, l’église du Lorrain, qui s’habille de courbaril, dans un ouvrage horsnorme : entièrement démontée, reconstituée, la nouvelle charpente porte sa marque, en respectant l’essence des plans d’origines : une coque de bateau, retournée évidemment, en clin d’oeil historique à ces premiers charpentiers de marine. Au François, c’est la couverture qui trouvera ses outils ; il est également convié sur le chantier de l’église de l’Ajoupa. Sainte-Luce, Marigot… les ouvrages d’églises sont nombreux, et souvent empreints de spiritualité ! Au milieu de ses chantiers, fort d’une belle histoire d’artisan, Christian poursuit sa voie : face à la gourmandise du béton aux Antilles, ramener la Martinique vers la construction naturelle, vers la sobriété, vers le bois, assurément.

Texte : Corinne Daunar – Photos : © Coalys

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