La communauté Libanaise, Une intégration réussie dans la sphère antillaise

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Tout au long de notre histoire, de nombreux pays connaissent des soubresauts, entre conflits, difficultés économiques, catastrophes naturelles, qui contraignent les populations à prendre le chemin de l’exil dans l’espoir d’une vie meilleure. Il en fut ainsi du peuple libanais. Retour sur l’intégration d’une communauté qui affiche avec succès sa double culture.

En 2016, les Libanais commémoraient leurs 150 ans de présence en Guadeloupe. Cet anniversaire a donné lieu à la première visite officielle d’un représentant de l’Etat libanais. Ce fût l’occasion de dévoiler une plaque commémorative, place du marché aux épices à Pointe-à-Pitre, en présence des personnalités politiques et économiques de la Guadeloupe. C’est à partir des années 1866 que l’on trouve la trace du premier passage de M. DEBS, patronyme devenu célèbre, venant de Saint-Domingue. D’autres familles (Sarkis, Karam, Chidiac, Francis, Abraham), issues du même village, arrivent successivement vers 1885. Leur objectif ; l’Amérique, mais en réalité, la destination finale s’avère si incertaine que certains accostent en Guadeloupe.

En 1915, le Liban est confronté à une famine (provoquée par des nuées de sauterelles qui ravagent les cultures) mais surtout renforcée par le blocus des Ottomans en réponse à l’allégeance des Chrétiens à l’Occident ; 1/3 de la population libanaise (250 000 personnes) meurt de faim et d’épuisement. Les nouveaux arrivants, parmi lesquels les familles Romanos, Haïkel, Fahd, Torbay, Nassif, karam, Koury … sont confrontés à des conditions de vie difficiles. Ils s’improvisent colporteurs et partent vendre leurs marchandise dans les différents quartiers de l’île. Logeant chez l’habitant, ils ont l’idée de laisser de la marchandise à leur logeur afin qu’il la vende en leur absence ; Le concept du crédit est né.

Les libanais, arrivés au début du siècle, n’ont pas les moyens d’acheter des commerces dans les zones les plus commerçantes de la ville, les quais et la partie de la rue Frébault vers les quais. Ils investissent alors sa périphérie, plus accessible financièrement, dans les rues Schoelcher, Nozières, et la rue Zabym, zone actuellement la plus active de la rue Frébault. Mais un important incendie en 1931, rue Frébault va changer la donne ; Les propriétaires des maisons incendiées n’ayant pas les moyens d’effectuer les travaux, les Libanais les rachètent à bas prix et les remettent en état. Devenus sédentaires, ils cèdent ainsi leur place aux nouveaux arrivants qui deviennent, à leur tour, marchands ambulants. L’indépendance du Liban en 1946 est à l’origine d’un nouveau flux migratoire. Les liens créés avec les familles déjà installées en Guadeloupe vont inciter certains à quitter le pays. Mais à l’inverse de leurs ainés, cette nouvelle génération, dotée d’une éducation, trouve sa place dans tous les corps de métiers. Une 4e vague s’installe en Guadeloupe entre 1975 et 1990, pendant la guerre civile.

Aujourd’hui, la population d’origine libanaise est estimée entre 2000 et 4000 personnes en Guadeloupe et environ 200 en Martinique. Parfaitement intégrée, elle a su toutefois préserver ses spécificités. La religion maronite représente la plus importante communauté chrétienne du Liban bien que la guerre civile ait provoqué une forte émigration des chrétiens libanais dans le monde. L’Eglise maronite reconnaît l’autorité du pape en conservant toutefois ses rites orientaux. Ses fondements spirituels ont été posés par un moine ermite et ascète du nom de Maron aux alentours de l’an 400. La communauté, toujours unie, connaît de nombreuses réussites dans divers secteurs. Elle contribue activement à la prospérité de son pays d’accueil. Son implication depuis plus de 150 ans a largement contribué à l’essor de Pointe-à-Pitre. L’alimentation libanaise fait désormais partie intégrante de la cuisine locale et nul ne peut ignorer les kebab, mezzé, falabel, kibbi, beurek … L’empreinte libanaise est présente également dans d’autres secteurs grâce à des personnalités telles que Camille Jabbour, créateur du journal sportif Match et du Tour cycliste de la Guadeloupe, Colette Koury, Présidente de la CCI pendant 12 ans, Présidente du Conseil de Surveillance de la Ste Aéroportuaire GPC de 2014 à 2018, Chevalier de l’Ordre National du Mérite, Chevalier de la Légion d’Honneur, Henri Debs, artiste et producteur de légende, Gislaine Abraham, surnommé Tatie en référence à l’enseigne de son commerce situé à Pointe à Pitre, médaillée de la Légion d’Honneur, disparue en juillet 2018.

Les Libanais, descendants des Phéniciens

Les Libanais, descendants des Phéniciens, navigateurs réputés, marchands reconnus et inventeurs de l’alphabet, ont conservé dans leurs gènes le goût du voyage et du commerce de leurs ancêtres.

Texte : Christine Morel – Photos : © DR – Mes remerciements à M. J. Claude Haïkel, Philippe Kalil, Famille Debs.

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