JACQUES MARTIAL, UN HOMME DE CONVICTIONS

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Au-delà de l’artiste (acteur, comédien, metteur en scène) au talent reconnu, Jacques Martial prend une dimension institutionnelle lors de sa nomination par Jacques Chirac, en 2006, à la tête de l’établissement public du parc et de la grande halle de la Villette, une des plus importantes institutions culturelles françaises au budget annuel de 40 millions d’euros.

Né en 1955 en banlieue parisienne de parents gosériens, Jacques Martial voyage au grès des affectations de son père militaire à Madagascar, en Guyane, au Congo…

Dès la petite enfance, il découvre la Guadeloupe où il reviendra régulièrement. C’est plus tard qu’il lira Sony Rupaire, Aimé Césaire ou encore Maryse Condé, etc., qui lui permettront de disposer de clefs pour accéder à d’autres dimensions de la culture guadeloupéenne, antillaise et caribéenne.

Si le film Noir et Blanc, de Claire Devers, 1ère Caméra d’Or du Festival de Cannes en 1986 ou le Maître d’école, de Claube Berri avec Coluche, la série Navarro aux côtés de Roger Hanin… ont contribué à le faire connaître du grand public, s’il a prêté sa voix à de nombreux acteurs américains (Denzel Washington, Laurence Fishburn, Wesley Snipes…), c’est surtout au théâtre que Jacques Martial prend de l’envergure en jouant, en enseignant, en mettant en scène des pièces de grands auteurs. En parallèle, il choisit de transmettre sa passion pour l’oeuvre d’Aimé Césaire aux quatre coins du monde en jouant Cahier d’un retour au pays natal.

Jacques Martial a choisi de quitter ses fonctions de l’établissement public et culturel de la Villette pour devenir le premier président du Mémorial ACTe, le nouveau Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage.

L’inauguration du mémorial, situé sur le site de l’ancienne usine sucrière de Darboussier, le 10 mai dernier, en présence du président François Hollande et de nombreux chefs d’états caribéens et africains, avait donné lieu à une lecture vibrante d’un texte sur la traite et l’esclavage par Jacques Martial et le comédien Alioune Cissé. Séduit par la vocation pédagogique du Mémorial ACTe et dans la continuité de sa réflexion sur ce qui fonde les identités caribéennes et guadeloupéennes, Jacques Martial s’investit dans ses nouvelles fonctions et porte un projet qu’il a baptisé Nouvelle naissance collective :

« Si l’esclavage remonte à l’histoire antique de l’humanité, à partir du 16e siècle, l’organisation de la traite négrière et de la mise en esclavage des Africains a structuré le monde et les échanges entre les peuples. En France, ce traumatisme et cette histoire, parce que longtemps refoulés et occultés, dans l’espoir de leur effacement des mémoires, ont pu continuer d’être agissants. Afin de combler les failles creusées par le silence et le déni de ce passé, le Mémorial ACTe s’est donné la mission d’étudier cette histoire, ses conséquences mais aussi ses avatars modernes afin de créer les conditions d’une réconciliation entre les peuples et de favoriser un nouvel humanisme.
Cette histoire doit devenir lisible et accessible à tous afin d’en tirer collectivement et individuellement les enseignements nécessaires à l’instauration d’un Vivre ensemble apaisé et respectueux de tous et de chacun dans la diversité des cultures qui nous enrichit chaque jour.

Car c’est par l’élévation des consciences et la diffusion de ce savoir que l’on permettra à la société d’oeuvrer utilement à l’éradication des formes contemporaines qu’a su prendre l’esclavage ».

Texte : Christine Morel

Jacques Martial en 7 dates

1977 : Prend ses premiers cours de théâtre et joue avec le Théâtre Noir
1983 : Fonde l’association Rond Point des Cultures
1998 : Porte parole du collectif Egalité
2000 : Créé sa compagnie de théâtre : la Compagnie de la Comédie Noire.
2003 : Metteur en scène et interprète de « Cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire.
2006 : Directeur de la Grande Halle de la Villette.
2015 : Président du Mémorial ACTe.

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