Xän, le grapheur de l’Humain

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Casquette vissée, lunettes savamment accrochées au crâne, l’air presque juvénile, l’homme irradie son monde d’une sympathie contagieuse. C’est cette grandeur d’âme, psychédélique qui transpire derrière ses fresques et sous ses bombes. Et si la rue l’a formé depuis longtemps et enveloppé de son anonymat, Xän, le grapheur «mawon» se veut désormais visible.

Voici bien l’incontournable paradoxe que personnifie Nuxuno Xän Aka Xanoy : disparaitre dans l’oeuvre et la laisser exister par delà l’inconnu de l’auteur.

Une peinture tout en mélancolie

Profondément autodidacte, volontairement indépendant, Xän offre les deux facettes de l’artiste de rue : à « l’âge de raison », il se pose, quitte tranquillement l’underground à la peinture automatique et spontanée pour s’installer le calme de l’oeuvre plus longuement réfléchie et désormais pérenne. Passé en coup de vent à l’IRAV, habile de son pad d’infographiste, il est touche-à-tout et investit tous les milieux.

Au coeur de ses réalisations, une cascade de gris, et un mashup de couleurs et de techniques pour les affirmer. Les nuances d’anthracite, perle, cendrée, ardoise sont très souvent au centre de la composition, relevée ensuite d’un savant cadre de tonalités fortes. Ses géométries sont monumentales, avalant l’espace et l’ambiant pour le redéfinir. Le trait est précis, l’émotion vive, le dessin jamais bâclé. La construction apparait complexe, et répond à l’inspiration du moment : sous des ressorts parfois même steampunk, ses muraux déploient l’homme dans la machine, les rouages et la mécanique froide, sinon pleine de mélancolie. De l’humain à l’automate, de l’urbain industriel au biotope d’une nature contrainte par le béton, ses retours sont nombreux et forment un univers tout particulier et largement reconnaissable.

Upgrader l’ambiant, figurer l’humain

Ce sont essentiellement des visages, des regards qui se dégagent. Son message passe par le portrait, et joue sur la puissance de ses faces immenses. L’environnement urbain, les dents creuses… Les murs les plus bruts sont souvent les meilleurs. Dans ce cas, l’oeuvre s’adapte au support, le trait s’épaissit des imperfections de la brique, du béton nu. Le vert, la végétation inscrite, enserrée dans la ville devient l’extension de son expression, dans une inimitable cohésion picturale : les feuilles grimpantes sont le châssis vivant d’un portrait, les branchages emmêlés une incroyable coiffure. Le grapheur mélancolique ne s’épanouit pas dans ce qui blesse, et recherche le beau, ce qui fait sourire et donne à penser dans le même mouvement. L’on retrouve dans ses lignes une humilité, celle de l’éphémère du Street Art, une ouverture à l’homme, une profonde volonté de positivité.

De l’ombre des rues à la lumière des galeries

Parmi ses master-pieces, le Spyke Lee à l’afro, qui s’offre un rayonnement monde, à tel point que Xän s’autorise des collaborations en Jordanie ou au Mexique. Derrière les bombes d’ailleurs, des grapheurs déjà bien aguerris se retrouvent sous le collectif NPL Mada Paint, où des Oshea, R Man, James, Wiltho et évidemment Xän signent un coup de maître : l’intrusion réussie et saluée des graphs dans les cénacles artistiques de l’île. C’est l’exposition 2016 du collectif à l’habitation Clément, où les façades délavées de l’urbain deviennent les parois monumentales de la Fondation, pour Mawonaj Piktural. C’est sans doute là la force de Nuxuno Xän, cette reconnaissance qui lui permet, désormais d’en faire aussi profession. Ses deux facettes s’apaisent, se croisent, cheminent ensemble. Notamment, la commande publique, qui reconnait de mieux en mieux ces dynamiques artistiques, cherche régulièrement à en gonfler le bâti et leur offre d’autres terrains d’expression.

Remerciements pour le crédit photo de Xän et Snack Elysée de Ducos.

Texte & Photos : CORINNE DAUNAR

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