UNE MAISON CRÉOLE

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« Je dirai qu’on est belle, quand on a des bas blancs, et que s’en vient, par la persienne, la sage fleur de feu vers vos longues paupières d’ivoire. Et la Maison durait, sous les arbres à plumes! » Pour fêter une enfance. Saint-John Perse

La maison créole pourrait se définir simplement à partir de sa véranda, sa toiture, la disposition de ses pièces et son adaptation aux Tropiques. Mais nous allons voir que son langage architectural est riche et que ce langage est inscrit dans nos veines, à nous tous, ceux de l’Outre-Mer. Que nous y soyons nés ou qu’un jour nous y ayons posé nos valises et planté nos racines.

L’ADAPTATION AU CLIMAT & LE LANGAGE ARCHITECTURAL

On peut dire que la maison créole est une vivante illustration d’un aller-retour permanent entre la fonction et la décoration, entre l’utile et l’agréable.

On trouve quelques toits de tuiles en Martinique, mais le choix de la toiture en tôle ondulée s’est imposé au fil des années comme le mode de couverture du meilleur rapport qualité-prix. D’autant qu’une toiture en tôles, bien faite, résiste aujourd’hui parfaitement au cyclone et à la rouille : il faut éviter en effet les tôles galvanisées peintes et clouées sur des planches de 2 cm (vous vous souvenez, on repliait le clou en dessous), pour leur préférer des tôles laquées, protégées en double face par un film plastique, et tirefonnées sur des tasseaux de 5 cm minimum. Ces tôles finement rainurées déclinent dans le paysage bâti un rythme vertical serré et lui donnent légèreté et élégance.

Afin de piéger les eaux de ruissellement s’écoulant des toits et les faire s’égoutter verticalement en avant de la façade, on met en place des lambrequins métalliques ou des frises en bois sculpté, bordures à festons, jolies dentelles qui soulignent le haut du toit dans des motifs riches et variés.

L’auvent et la galerie permettent de protéger les façades du soleil. Les vérandas deviennent cependant des lieux précieux, à l’ombre, garnies de plantes en pot et de meubles anciens : berceuses, guéridons, tables basses ou consoles, en courbaril, acajou et bois de rose, rotin ou fer forgé.

Les proportions des ouvertures sont plus hautes que larges afin d’augmenter le débit du vent, c’est l’effet venturi. De même, on incorpore un garde-corps ajouré dans fenêtres et portes-fenêtres afin d’augmenter le débit de passage de l’aération. Les ouvertures sont à deux battants : on peut ainsi diminuer ou augmenter le volume d’air traversant.

Les cloisons de bois peuvent être couronnées de claustras de bois aux motifs travaillés. De la même manière, des persiennes de bois sont situées en parties hautes des fenêtres. C’est parce que l’air chaud monte. Ces jalousies sont manœuvrables de façon à pouvoir moduler la quantité de ventilation désirée, et ainsi les menuiseries changent d’aspect au fil de la journée, plus ou moins transparentes, découpant le paysage, rainurant le soleil. Ces persiennes, que n’ont-elles peuplé notre imaginaire d’enfants du pays et comment les séparer de l’essence même de la maison créole ?

LA VÉRANDA, VARANGUE, TÉRASSE OÙ GALERIE

La maison créole se caractérise aussi par la présence d’une terrasse couverte dont le toit est soutenu par des colonnes plus communément appelées poteaux.

A la Réunion elle s’appelle varangue et peut être partiellement fermée, notamment dans « Les Hauts » car le climat y est moins tropical.

En Nouvelle-Calédonie, où la température peut descendre à 10° l’hiver, elle est fermée avec des persiennes en bois surmontées de carreaux de verre teinté.

La terrasse est l’endroit frais, car à l’ombre, aéré, car totalement ouvert, mais cependant abrité de la pluie de par son orientation. C’était à l’époque l’espace où l’on pouvait recevoir avec moins de solennité que dans le grand salon. La véranda est de nos jours de plus en plus liée à la piscine et à la cuisine, avec lesquelles elle forme un vaste espace convivial.

LA TOITURE

La toiture peut être à quatre pans à deux pans, avec ou sans rupture de pente. Parfois elle est plus compliquée, avec des pans droits, des appentis, des bardages en bois sur les côtés, il n’est qu’à regarder les maisons du Morne Houël à Saint-Claude pour s’en convaincre. Les tôles, toujours ondulées étaient au départ de couleur rouge et sont à présent blanches ou vertes en général. Cependant le rouge reste la couleur originelle, et Terre de Haut par exemple l’a inscrite comme prescription dans son Plan Local d’Urbanisme.

Houteaux, vasistas, lucarnes, chiens assis, tabatières ou velux apportent lumière et aération aux combles et donnent du caractère à la toiture. En temps longtemps, c’était le grenier qui faisait office d’isolation thermique. On peut aujourd’hui contenir cette isolation dans l’épaisseur du toit et récupérer les combles pour y mettre mezzanines, chambres, bureaux et salles de jeux.

LA DISPOSITION DES PIÈCES

La maison créole est en général de plain-pied et elle comportait autrefois un vide sanitaire qui servait de soubassement et dans lequel on trouvait une citerne. Ce soubassement a le plus souvent disparu de nos jours et c’est bien dommage car il protège la maison des insectes et des remontées d’humidité, de même qu’il lui donne de la noblesse. Cette surélévation de 80 cm permet aussi la mise en place d’un escalier de larges marches sur lesquelles il fait bon s’asseoir au crépuscule. La citerne aussi a disparu et il serait bon d’y repenser en ces temps de sécheresse et de « tours d’eau ».

De l’ancienne case à eau est resté l’emplacement de la cuisine, sous le vent et un peu à l’extérieur, dans une partie de la galerie. Au rez-de-chaussée on trouve les pièces de réception et la chambre des parents. Les chambres peuvent être situées dans les combles auxquels mène alors un bel escalier de bois ciré ou verni.

LES MATÉRIAUX

La toiture est en tôles, comme nous venons de le voir, et la charpente est en bois. Les murs du rez-de-chaussée sont en maçonneries, les cloisons des combles peuvent être en bois.

Les sols sont revêtus de carrelages, pensez à réserver des carreaux de 30cm x 30 cm pour les grandes pièces. Un grand carreau rétrécit en effet une petite pièce.

Les faïences en avant-dernière rangée, comme les carrelages en leur pourtour, sont agrémentés de frises de couleurs. Souvent la couleur terre cuite est appréciée mais on peut tenter d’autres tons.

On peut trouver des claustras en bois dans la partie haute des cloisons. Les poteaux de galerie sont en bois. Les planchers sont en bois dans les combles, c’est plus léger et correspond bien aux prescriptions parasismiques.

Le fer forgé, plus espagnol et un peu oublié aujourd’hui, est parfois utilisé pour les grilles de protection des baies, les clôtures ou la porte d’entrée. Ses motifs peuvent être tarabiscotés mais aussi, plus sobrement, un carré de 11 cm x 11 cm avec un fer plat.

« Sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ? » s’interroge Saint-John Perse. C’est ainsi que la maison créole permet aux enfants du pays et à ceux venus d’ailleurs, de retrouver au soir le parfum du millefleurs qui s’exhale dans un pot sur la terrasse, les traits de lumière qui s’allongent sur les carrelages, la brise qui feuillette le livre posé sur le guéridon. Et, tous, nous pouvons alors créer l’harmonie entre l’extérieur et l’intérieur, la nature et l’être humain, les Tropiques et notre âme.

Texte & Illustrations : © Michèle Robin-Clerc

Michèle Robin-Clerc

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4 commentaires

  1. CAZIER Michèle on

    Bonjour,
    Bravo pour St John Perse ouvrant votre présentation de la Maison Créole. J’ ai rodé là de mes 9 ans à mes 15 ans…J’ ai retrouvé les maisons où nous étions invités et où je rêvais de vivre , » au règne de tournantes clartés.  »
    Maisons Créoles fut un temps à mon ami d’ adolescence Patrick Delaroche, est-ce encore le cas ?
    Merci donc Michèle . Michèle

    • Maisons Créoles on

      Bonjour Michèle,
      Un grand merci pour votre message et votre témoignage 🙂
      En effet, c’est toujours Mr de Larroche qui s’occupe du Magazine Maisons Créoles !!
      A très bientôt.

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