Les écoles de la Martinique

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Aujourd’hui, ils sont nombreux les établissements à se consacrer au labeur de la formation des esprits et des identités. Écoles, lycées, enserrent et forgent à grand renfort d’années des milliers d’élèves studieux. Et autour de ces centaines de classes, subsistent les nervures d’une histoire mouvementée.

Si chaque génération rappelle bien aisément ses meilleurs souvenirs, c’est dans le dur que reste le mieux enfoui le passé : tour d’horizon de ces témoins presque indestructibles.

De l’entremêlement des politiques d’instruction…

Les premières traces d’une instruction sommaire, outre les maigres mesures proposées par le Code Noir, remontent à la moitié du XIXe siècle. Dans une période où l’abolition de l’esclavage s’inscrit dans un horizon certain, la question de l’enseignement aux populations devient majeure. En parallèle, les prémices d’une organisation scolaire mènent vers les congrégations religieuses, là où les premiers établissements pour garçons des frères de Ploërmel répondent aux écoles de jeunes filles des Sœurs Saint-Joseph de Cluny. En réalité, l’instauration d’un réseau d’écoles à la Martinique reste liée aux enjeux et confrontations politiques locales, entre conservation d’un ordre colonial hiérarchisé et influence grandissante d’une métropole qui dessine ses territoires. Dès les années 1882, la laïcité s’installe dans les écoles. Parmi les promoteurs acharnés d’une instruction publique laïque, Marius Hurard, instigateur de la création du premier lycée public laïque à Saint-Pierre en 1881, suivi de peu du pensionnat colonial de jeunes filles de 1884. Si elles voient le jour avant les lois Ferry, ces institutions sont sporadiques et grevées de clientélisme et d’élitisme. Jusque dans les premières décennies du XXe siècle, l’organisation du maillage scolaire de l’île est laissée à discrétion du gouvernement colonial. Pour autant, l’école républicaine se répand, gagne les campagnes, compte jusqu’à 42 000 écoliers en 1951.

… à l’intervention cruelle de l’histoire

Et parmi les représentants marquants de ces politiques, certains restent incontournables. C’est notamment le cas des vétérans de l’explosion péléenne, du pensionnat colonial au lycée de Saint-Pierre, père des établissements publics secondaires à la Martinique. Aux premiers bancs de cette scolarisation naissante, le séminaire Collège est fondé, sous l’égide des frères Spiritains, dès la fin de l’année 1848 à Saint-Pierre. Très vite relayé par un externat à Fort-de-France, il est assujetti aux tractations politiques et évolution de l’île. Son pendant foyalais est contraint de fermer ses portes à la fin du siècle. Ces locaux reprendront pourtant bientôt une place fondamentale lorsqu’au lendemain de la catastrophe de 1902, le Séminaire Collège renaitra à Fort- de-France. À mesure d’années et d’ouvrages, l’établissement se rééquipe, se répand autour de ses murs originels et accueille, à la fin des années 1960’, un cycle pratiquement complet. Parallèlement, le Lycée Colonial, précurseur des établissements publics, suit paradoxalement la même voie. Fer de lance de la lutte de Victor Schoelcher, il est dans les années 1878 un combat pour l’accession des classes populaires désormais libres à la connaissance. Dans un contexte passablement anticlérical, il installe ses classes dans les locaux du pensionnat de jeunes filles des sœurs de Cluny, avant de rejoindre aussi, décharné par l’éruption de la Pelée, les mornes de Fort-de-France. Ses grilles s’ouvrent en 1935, pour plus de 70 ans d’une nouvelle aventure, éponyme de son père politique. Dernier témoin d’une histoire commune, le pensionnat colonial de Jeunes Filles, orphelin de sa Saint-Pierre d’origine, transporté d’enceintes en enceintes, jusqu’à son éclosion progressive sur les bords de la Pointe des Nègres, devenu lycée polyvalent de Bellevue en 1978, pour offrir l’une des plus belles positions sur la baie de la capitale.

Et modestement sise face à ces mastodontes de la mémoire, une drôle de silhouette poursuit son existence solitaire sur les contreforts de Croix-Rivail, aux portes du Sud. Le château Aubéry, perle néoclassique au monumentalisme improbable, domine depuis 1931 un océan de vert. Il s’est voulu, de 1954 à 1973, l’esquif solide de la formation des maîtres et professeurs martiniquais. Et si la vieille bâtisse s’endort aujourd’hui, malade et fissurée, elle n’en reste pas moins le marqueur physique le plus charmant de ces chahuts de l’histoire, du combat incessant pour l’instruction et l’enseignement.

TEXTES & PHOTOS : © CORINNE DAUNAR

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