L’inamovible Hôtel de préfecture de la Martinique

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Elle est le siège inébranlable de l’État au cœur de son territoire, de la stabilité d’une administration besogneuse et patriote en toute circonstance. Observatrice silencieuse des remous d’une société en formation, la préfecture de la Martinique, surprend, par sa constance, son immaculé et sa tranquillité.

Sis entre les rues Blanc Sévère et Eboué, l’hôtel de préfecture rassure dans le brouhaha diurne de Foyal, lui qui semble inamovible. Sur ses marques préexiste l’hôtel du Gouvernement, imposante bâtisse coloniale bardée de bois. Elle a accueilli pendant plus de deux siècles la représentation officielle de la couronne française, des prémices de républiques et d’empire.

Un siège d’État

Dès le début de la colonisation, Fort-Royal, qui ne devient pourtant capitale of cielle qu’à partir de 1692, reçoit sporadiquement les gouverneurs de l’île dans les contreforts du Fort Royal. Blénac institue une résidence foyalaise à la n du siècle, qui voit donc désormais défiler ses successeurs.

Seule notable incartade à la régularité de cette représentation d’État, une démolition rapide de cette vieille bâtisse en profond délabrement, qui permettra l’avènement de l’actuel complexe préfectoral dès la moitié des années 1920, folles jusqu’en Martinique.

Et malgré ses intentions républicaines, l’on ne manquera pas de souligner ses prétentions versaillaises, empruntant jusqu’au Petit Trianon ses atours de symétrie et d’ordres architecturaux éthérés. Sous le crayon de Jules Germain Olivier, la façade s’élève somptueusement, large de ses colonnes ici doriques, ioniques au-dessus, claire de ses puissantes ouvertures lumineuses. Le caractère est quasi royal, majestueux sans conteste. Sa réalité tropicale, fort heureusement, ne tarde pas à s’exprimer, exposant une menuiserie toute insulaire, dans un ajustement net de persiennes et lambris. Son intérieur est spacieux, mélange malicieux de sobriété d’État et de ventilation coloniale. Au rang de ses curiosités, l’imposant escalier enroulé sur lui- même, dominant le hall principal et s’échappant vers le cabinet préfectoral. Autre clin d’œil aux arts antillais, le mobilier, encore d’époque, met à l’honneur l’ébénisterie locale et ses teintes de mahogany.

Un témoin social ancré dans la vie

Tout un symbole, le futur palais du gouverneur s’autorise un précédent : il devient, en 1925, la première construction de la Martinique à s’ériger à force de béton armé, matériau bientôt majeur de l’insouciante architecture paquebot de ce début des années 1930. Elle aura donc passé les âges, les évolutions structurelles de l’île. Parmi les faits les plus marquants sans doute dans l’existence de ces murs of ciels, la départementalisation intervenue en 1946, qui voit l’avènement de ce véritable petit Versailles en tant que préfecture de la Martinique. Comme une allusion discrète aux enjambées sociales d’une île de peu de siècles, c’est sur ce même emplacement que Victor Schœlcher, alors sous-secrétaire d’État aux Colonies, venait annoncer l’abolition de l’esclavage. Naturellement, c’est là que l’État recevra les revendications de la grève majeure de 2009. C’est dans ses pierres aussi que les hommages divers sont rendus, que la solennité de la République centrale s’exprime encore. En témoignent les nouvelles structures, inaugurées récemment, reprenant dans le verre la patine de l’ancien et portant haut la mémoire des défunts préfet Erignac et sous-préfète Vanitou. Espace lourd de sens et de symboles, la préfecture accueille de nombreuses expositions et rencontres officielles, s’offre comme médiateur des conflits sociaux animés et rappelle, toujours, la prééminence d’un État souverain. Les révoltes traversées et observées sont plurielles, des champs à la rue, mais la sobre majesté du lieu ne semble en rien se ternir.

Preuve s’il en est d’un ancrage qui ne se questionne pas, ses façades et toitures ont d’ores et déjà rejoint l’inventaire des monuments historiques. Vieux témoin des aventures urbaines de Fort-de-France, elle veille tranquillement sur une ville en constante révolution.

TEXTE & PHOTOS : CORINNE DAUNAR

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