Franck Lise, l’art du détail

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Franck Lise est un homme de pensée. Il trouve dans la peinture le nouveau ferment de sa réflexion, et y cultive avec constance un regard alourdi, mais résolument optimiste sur une société en quête de sens.

Il est le détail, il est aussi le global : dans un art qu’il découvre, il réalise l’importance de l’échelle, et joue des dimensions et des champs pour dessiner son monde. un homme du métissage Il est né en France, mais porte en lui la réalité de sa Martinique originelle. Là-bas, tout réussi à Franck, brillant entrepreneur et pétillant père de famille. Mais il lui manque encore l’essentiel, la connexion par rapport à l’endroit. Bientôt, Franck décide de vivre différemment et part à la rencontre de ses racines. Il saute enfin le pas en s’installant en Martinique : c’est la perspective d’une autre qualité de vie, et c’est aussi se réapproprier une identité créole prégnante.

Et dans ce renouveau, c’est le désir profond de mettre en oeuvre de nouveaux desseins qui se propage, et pousse Franck à s’aventurer sur les chemins parfois escarpés de l’art. En dessinant, il prend conscience de la valeur de sa réflexion et, surtout, de son expression picturale. D’ailleurs, un premier de ses tableaux est déjà exposé sur les claies de Boko Concept.

A la genèse, un déclic, une pensée contrariée

À l’origine de sa réflexion artistique, Franck Lise nourrit une révolution personnelle, face à l’incohérence d’une société tournée vers l’unique et déraisonnée consommation. Autre déclic, la succession des attentats, ici et ailleurs, et cette obstinée fuite en avant pour éviter le réel, vivre sans penser, d’une société fragilisée. Désormais, plus question de souffrir les évènements ni subir le temps, il devient maître de sa destinée, prend le risque d’évoluer, de repousser ses limites.

Il peint pour laisser une trace, amorcer la réflexion et se pose en « Cherchant ». L’artiste définit là la moelle de son oeuvre créative, toujours dans l’analyse et la découverte : si l’essentiel est le plus souvent invisible à l’oeil, il s’y plonge jusqu’à le révéler. Le tableau grand format est le seul viable pour l’exercice, en tant qu’il englobe la réalité et la déroule minutieusement, qu’il happe le regard, mais donne à voir le détail élémentaire.

Son art, iconique, dresse l’incertitude d’une société du moderne

Il construit sa peinture sur l’observation. Parmi ses thèmes de prédilection, l’artefact iconique de la société moderne de surconsommation : l’écran. Téléviseur cathodique, écran plat, tout est bon pour signifier l’incertitude et le flou. Il en ressort le pixel, le brouillage, les rayures de l’absence de signal, l’image cryptée. Et dans ces brouillards se distinguent des portraits pixelisés, captés dans le vif d’un flou artistique.

Son art est connecté à une actualité complexe, un mélange d’informations, un flux incontrôlé de sensations porté par l’écran. Il y intègre enfin la mémoire : pour les victimes du Bataclan, chaque pixel unitaire de l’oeuvre referme un hommage.

Autodidacte, il trouve ses propres solutions, travaille l’acrylique comme la bombe, les feutres de peinture, le pinceau, l’éponge… Il gratte, colle, écrit, découvre, estompe ou humidifie quand l’expression l’appelle. La tonalité de sa toile tient de l’humeur et de la représentation, jamais d’une volonté prédéfinie.

TEXTE & PHOTOS : CORINNE DAUNAR

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