SHUCK ONE, PIONNIER DU GRAFF

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Bien que natif de Pointe-à-Pitre, c’est à Paris que l’artiste bénéficie d’une réputation à la hauteur de son talent. Une reconnaissance qui lui permet désormais de figurer parmi les artistes exposés dans la collection permanente du tout nouveau Mémorial ACTe. Retour sur son parcours.

Pendant son enfance, Shuck One découvre les graffitis aux Antilles au travers des messages indépendantistes, identitaires ou de causes culturelles. Mais c’est en 1983, à son arrivée à Paris, que l’artiste en herbe prend la mesure d’un nouvel univers graphique qui émerge : les tags.

Le métro parisien, où fleurissent les premières œuvres urbaines, devient sa source d’inspiration et ne tarde pas à se transformer en terrain de jeu.

Dès 1986, l’artiste fait du sous-terrain de la capitale son support d’expression et laisse son empreinte sur de nombreuses lignes de métro, comme pour marquer son territoire. Par une créativité sans fin et une intense activité, Shuck One voit sa légitimité grandir et son nom marquer le street art parisien.

Il forme les collectifs « DCM » et « Basalt » et exprime son art entouré de ses acolytes.

L’artiste antillais et ses compagnons de graffs participent ainsi à l’affirmation, à travers la France et l’Europe, d’une facette parisienne et d’une pratique pourtant originaire des Etats Unis.

Au début des années 1990, Shuck One se tourne vers la création sur toile. Fort d’une réputation bien forgée, ses œuvres pénètrent les expositions publiques et privées. Avec des créations exposées aux yeux d’un public plus large, Shuck One est devenu un acteur majeur du  « graff » et une figure du street-art français.

LA MARCHE DE L’HISTOIRE
C’est dans l’enceinte du Mémorial ACTe que le visiteur peut désormais découvrir une œuvre au format XXL de l’artiste. Le bâtiment a été inauguré le 10 mai dernier, jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en métropole, par le Président de la République française, François Hollande et en présence de Chefs d’Etat africains et de la Caraïbe.

Shuck One occupe un espace dans la collection permanente du tout nouveau centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage.

L’art contemporain y occupe une place prépondérante, en autres, au travers d’œuvres du Guadeloupéen Thierry Alet, du Camerounais Pascale Marthine Tayou ou de l’Américaine Kara Walker.

Le graffeur a reconstitué la bataille menée par le colonel Delgrès, Ignace et leurs compagnons d’octobre 1801 à mai 1802 face à l’armée de Napoléon 1er envoyée pour rétablir l’esclavage.

Réalisé à base de peintures, aérosols, collages, l’œuvre constitue une fresque dont la base est représentée par la carte de la Guadeloupe et sur laquelle des corps démembrés sont représentés.

L’accent est porté sur la violence des combats qui se sont déroulés pendant cette période et la volonté sans failles des insurgés dont le célèbre « vivre libre ou mourir » avant qu’ils ne décident de se faire exploser au Fort Matouba plutôt que de se rendre.

Texte : Christine Morel
Photos : © SEKA

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