Ange Bonnelo, artiste en recherche

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Il est un artiste loufoque et décalé, Ange Bonello, qui part à l’aventure. Ses expériences plurielles en font un ambassadeur d’une culture-monde résolument moderne et composite qui accapare les références et les symboles pour en offrir un mélange enrichi et novateur.

Passionné par le corps, l’âme et leurs multiples états, notre artiste-peintre, plasticien, performer aussi, est un objet artistique inattendu.

A la croisée des mondes

La puissance de son art, c’est d’échapper au cadre, de ne pas souffrir la contrainte : cette folle création, c’est peut-être dans le mouvement Dada qu’elle s’entend le mieux. Surréaliste à ses oeuvres perdues, Ange Bonello puise ses influences dans une vie aux multiples visages, dans un corps aux existences plurielles.

Il propose un art vagabond, explosif, imprévisible, construit d’une culture-monde : Italie, Provence, Martinique aussi, il mêle les codes et les repères. Le religieux en est un, au centre, comme élément d’histoire, marqueur de culture, constitutif de ses régions de vie comme de son identité intime.

La création est un besoin essentiel de sa condition, et il l’investit sans limites : si le statut d’artiste lui est reconnu, c’est d’abord parce que son oeuvre, ses créations, sont déterminées comme ayant une valeur d’art. Il se saisit de tout et exploite sans complexes ce que son observation lui apporte : dans son travail, le mot, la parole, objets complexes, sont souvent présents. Sa critique, sourde, efficace, des dérives d’un monde sans recul, ne quitte pas son projet artistique.

Hors la raison, par devant l’exploratoire

Ange Bonello fait voir l’indicible et dessine l’inconscient. Sous son impulsion le corps et la vie sont célébrés. Le sujet, le personnage, la représentation humaine est une constante, l’essence de ses oeuvres. Au coeur de cette réflexion, le regard constitue la clé de voûte de son travail ; c’est la base, le départ de ses compositions. Il en travaille l’asymétrie et provoque le ressenti : de ces focales, qui centrent le dessin, se développent sans limites les représentations d’Ange : humaines, irréelles, psychédéliques parfois.

Il met en matière, en volume et donne vie à une vision onirique, celle des représentations et des âmes qui vivent, invisibles, autour et en lui. Cette chimère peut prendre les traits de têtes réduites, férocement agrémentées de pop culture et d’impertinence. Autour du recyclage, de la réutilisation, du détournement, le questionnement quant à la matière et l’objet transpire aussi de l’oeuvre. En témoignent ses Arches, mises en lumière à l’Atrium en 2015, où un passage semble s’entrouvrir vers cette autre dimension, peuplées des images vivantes qu’il tente de représenter.

Explorateur de dimensions

Les techniques sont nombreuses, l’inspiration délirante, le climax créatif passionnant à suivre : Ange Bonello est un trublion, autodidacte et hyperactif, il jongle. Ses compositions transcendent les cadres et éclaboussent : en matériaux, en temporalités, en objectifs.

La couleur, quand il l’emploie, est éclatante et pleine. Elle s’esquive au moment de l’estampe binaire, de l’encre de chine sur papier-grain. Et pourtant, une création plus loin, ce sont déjà le pastel gras, le pochoir, le pinceau épais qui réinvestissent l’oeuvre, accumulent, composent ensemble. En un souffle, la surface devient volume, les traits prennent en profondeur, il jongle de la toile à la terre. L’argile se colore, s’attache et s’orne de récupérations, semble ses dessins devenus êtres autonomes.

C’est sans doute ce qui séduit chez Ange Bonello : l’irrésistible ivresse de sa création, toujours surprenante, chaque fois novatrice, jamais répétitive sera bientôt au rendez-vous.

TEXTE : CORINNE DAUNAR – CRÉDIT PHOTOS : ANGE BONELLO

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