YVES JEAN-FRANÇOIS, LE PLASTICIEN QUI DONNAIT VIE AUX COURBES

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Pénétrez dans la charmante villa JYF & JAF. La magnifique maison coloniale, centenaire et pétillante est tenue avec passion par l’élégante Agnès, parfaite maîtresse des lieux et grande amatrice d’art. Le lieu est coquet, et la maison comme le jardin apaisant débordent d’œuvres signée par Yves Jean François. Osez le pas et venez découvrir un artiste hors normes.

Une fois dans son atelier, c’est un univers parfaitement inattendu qui vous happe, fait de centaines de pièces d’art numérotées et parfaitement organisées, fourmillant dans la villa et entrainant le visiteur dans une tempête de couleurs et de courbes. Le terrain de prédilection de l’artiste, la femme et le flou de ses attributs, le dessin de ses contours incertains mais omniprésents. Il s’attarde beaucoup sur les lignes, les visages, les corps, entre mouvement et attente.

JYF, le plasticien autodidacte

Né en 1933 à Paris, il se fond dans sa Martinique natale dès 1938 et, bientôt orphelin, passe son enfance dans le giron de sa grand-mère paternelle. Enfant studieux, il se décide rapidement à se consacrer à son art et décide de faire de la maison familiale le cocon de sa création, l’œuvre majeure et magistrale qui portera l’ensemble de ses autres pièces.

A sa mort Agnès, son épouse, en est devenue la précieuse gardienne, artiste elle-même, poursuivant l’œuvre qu’est la villa et l’augmentant de sa main fleurie et esthétique. Elle vous reçoit aujourd’hui dans ce havre de culture, qu’elle habille de meubles originaux, de peintures colorées et de créations métissées. La belle indienne vous entraine avec ferveur dans la lumineuse maison à la recherche des œuvres.

Masques, peintures et sculptures tout en rondeur

Au cœur d’un travail prolixe et multiple, les œuvres d’Yvon s’épanouissent au cœur de la villa. Ses masques détonnent et ravissent : l’œil avisé reconnaitra la patte du maître, dans une technique qui pourtant semble différer au plus profond. Posé sur des dômes de calebasse, les masques d’Yves Jean-François s’imposent au monde sans paraitre s’y intéresser. Les lignes ici sont lourdes, épaisses mais étonnement précises. Les traits de chaque masque s’affirment et peignent un rendu général imposant et créole. Les attributs du visage s’accrochent aux lèvres, nez ou fronts épais, là où des yeux d’amandes se veulent propres à Yves Jean-François.

Sur la toile, les lignes de JYF interpellent, parce que flexibles autant que fortes, courbes mais puissantes. Les corps exposés sont parfois longilignes et filiformes, mais transpirent de force. Les membres musclés et les profils marqués claquent l’espace du tableau dans d’improbables mouvements. Lorsque les formes se font plus lascives, c’est la figure entière qui semble se fondre dans une douceur tout en courbure, de laquelle ne s’échappe aucune aspérité blessante ou bloquante.

Pourtant, en passant sur le bois, il transpose dans un étonnant jeu de volume ces ellipses peintes que l’on pensait conscrites à l’aplat. Et dans cette découverte du matériau, gonflé et malléable, c’est la rudesse de lignes crues et parfois drues qui s’expriment : la courbe s’augmente alors de l’angle, pour faire découvrir une nouvelle préoccupation de l’artiste, pas uniquement limité à la douceur de la rondeur.

Et dans ce tourbillon largement structuré de courbes évocatrices, de traits puissants et de technique multiforme, c’est la lumière et le caractère d’une culture caribéenne et martiniquaise qui se dégagent. JYF, et désormais JAF, pour Agnès, s’en font les garants rigoureux : leur participation au patrimoine artistique martiniquais est inestimable, et mérite que vous vous y évadiez, le temps d’un moment !

Texte & Photos : Corinne DAUNAR

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