Architecture créole : un souffle d’Antan Lontan

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Aérer la maison, ventiler l’intérieur et créer des lieux de vie agréables et protégés de la chaleur, c’est l’un des principes fondateurs de l’architecture caribéenne coloniale. Et ces savoir-faire historique, qui se sont répandus des habitations aux cases, des mornes aux bourgs, portent tous la patine d’un style de vie à la créole. Revue de plan d’une architecture antillaise tout en malice et en adaptation.

La ventilation naturelle poursuit deux objectifs : rafraichir l’habitation et lutter contre l’humidité, qui devient vite le fléau de nos latitudes tropicales.

Une architecture empreinte d’histoire : de la maison coloniale…

Dès les premières habitations coloniales, les plans prévoient de valoriser l’aération : les toits larges sur un premier étage épaté donnent sur de larges ouvertures dans les façades orientées vers les Alizés. Les fenêtres et portes se criblent de jalousies et de persiennes, pour créer un courant continu et naturel à travers l’intérieur et faciliter le renouvellement de l’ambiance intérieur à travers le « couloir antillais », dessiné par sur une succession de pièces traversantes.

La galerie extérieure, suffisamment large et abritée par un toit brisé en tuiles fraiches, accroche le corps de la bâtisse en protégeant l’intérieur d’une chaleur solaire féroce. Son rôle est important pour préserver les grandes fenêtres percées de caillebotis d’une pluie inattendue ou de trop fortes bourrasques. Son sol, paré de grands carreaux de terre cuite, prévient l’accumulation de chaleur autour de l’habitation. L’étage, souvent construit en retrait du rez-de- chaussée, constitue un balcon rafraichissant directement offert aux vents d’est. La hauteur sous-plafond enfin, remarquable dans les demeures les plus riches, laisse à l’air chaud la possibilité de s’élever et libérer l’atmosphère de vie.

… aux cases des mornes et des bourgs !

Du côté des toutes premières cases, plus modestes, c’est le même principe : la pièce de vie, ceinte de bambous ou cerclée en gaulette, laisse circuler dans les interstices un souffle régulier, et la toiture en grandes feuilles de palmier préserve elle aussi l’atmosphère intérieure. La fin du XIXe siècle, marquée d’exodes ruraux massifs, voit la case de ville se développer et adapter sa structure au double enjeu de l’urbanité et de l’intimité. Les persiennes y poursuivent leurs oeuvres de ventilation, de savantes impostes, parfois sculptées, surmontent les grandes portes-volets de bois de l’entrée des maisons. Une galerie peut s’y adjoindre, mais plus volontiers ouverte à l’oeil protecteur et rafraichissant d’une petite cour intérieure et commune.

L’arrivée du béton et des nouveaux matériaux

Deuxième phase de l’habitat des villes, l’arrivée de nouveaux matériaux de construction, symbole d’une certaine ascension sociale et marqueur de l’évolution de l’habitat : la tôle, le fibrociment, le béton, les briques cuites pour les plus dotés viennent hérisser les quartiers d’habitat spontané de constructions plus solides, plus pérennes. La gestion de la chaleur évolue, là où les toits bas et de tôle peuvent transformer les intérieurs en fournaise. Là encore, c’est le jeu des ouvertures dans le sens du vent, ombragées et protégées des rayonnements directs, qui permet de conserver la fraicheur. La cour prend aussi tout son sens, de terre, arborée, pour éviter l’accumulation de chaleur d’un sol de pierre ou de béton.

Dans les années folles l’architecture paquebot débarque en grandes pompes à la Martinique. Outre ses vertus de fraicheurs, c’est dans la structure même de l’édifice que le béton prend tout son sens. Puits de fraicheurs, grands espaces ombragés, murs parasols, moucharabieh creusés dans la surface.

Et aujourd’hui encore, c’est un concentré de cette intelligence populaire qui alimente l’architecture créole moderne et place au coeur de la conception la ventilation naturelle, portée par les alizés et une douceur de vivre bien caribéenne.

Texte : Corinne DAUNAR – Crédit photos : François Moll, L.Hayot, Fondation Clément

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