L’Habitation Pirogue

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Sur l’île de Marie-Galante à 5 kilomètres de Grand-Bourg, l’Habitation tient son nom des Indiens Caraïbes, premiers occupants de ses terres sur lesquelles ils fabriquaient leurs embarcations dans des troncs de gommiers.

En 1669, s’y trouve un moulin à bêtes, en 1780, un moulin à vent est érigé où passe désormais la route. Face à l’Habitation qui connait son apogée entre 1800 et 1813, une mare de vingt-cinq mètres de diamètre, profonde d’un mètre cinquante, pourvoit aux besoins de la maison et du domaine. Les lavandières s’y retrouvent pour échanger les derniers potins et le bétail s’y désaltère.

Elections Législatives de 1849

Pirogue appartient à un créole, Maire de Grand-Bourg, où pour la 1ère fois, les esclaves affranchis vont voter.

Deux listes Abolitionnistes s’affrontent

Celle de Victor Schoelcher et du Martiniquais Auguste-François Perrinon, (premier Antillais entré à l’Ecole Polytechnique). Abolitionnistes et républicains, ils sont soutenus par Alonzo, ancien esclave devenu premier Adjoint de Grand-Bourg-Ville.

Sur l’autre liste, figurent Cyril-Charles-Auguste Bissette, un Libre Martiniquais, ainsi que le mandataire des hommes de couleur de la Guadeloupe : Jean-François Mondésir-Richard. Partisans de l’ordre Royaliste, ils sont soutenus par les grands planteurs et le Maire.

Des bulletins fantômes

Le 25 juin 1849, second jour du scrutin, Jean-François Germain, Maire adjoint de Grand-Bourg-Campagne, (un affranchi devenu le secrétaire du Comité Républicain de l’île), découvre qu’on a remis aux électeurs des bulletins de vote en faveur de Bissette et Mondésir. Or, parmi les votants, des illettrés ne peuvent s’apercevoir de la supercherie.

Germain récupère ces bulletins, les remplace par ceux de Schoelcher et Perrinon. Le Maire fait enlever l’urne et fait arrêter et escorter Jean -François Germain jusqu’à Grand-Bourg. Ses partisans suivent réclamant sa libération. Voyant que la situation dégénère, la milice après sommations tire sur la foule au Morne Tartenson, sur la route reliant Grand-Bourg-Ville à l’Habitation Pirogue. Suite à ces évènements, le morne est rebaptisé Morne Rouge.

La Mare au Punch

Les manifestants se rendent à l’Habitation Pirogue qu’ils mettent à sac. Puis ils se rendent à l’usine et rassemblent barils de sucre et tonneaux de rhum qu’ils déversent dans la mare, la transformant en un punch géant.

La nouvelle se répand dans l’île, au son des conques de lambis. Les libations durent trois jours, un prêtre et des religieuses venus pour apaiser les tensions sont pris à partie et une religieuse reçoit un coup de sabre sur le sein. La Mairie et des Habitations sont incendiées.

Le Commandant militaire demande des renforts à la Guadeloupe et à la Martinique. Le Gouverneur de la Guadeloupe Fabvre et le Contre-Amiral Bruat, Gouverneur Général des Antilles débarquent avec la troupe. Plus de cent personnes sont arrêtées, il s’ensuit un procès : « l’Affaire de Marie-Galante ». En 1882, l’usine aux terres de 148 hectares s’équipe de machines à vapeur tandis que le moulin reçoit un mécanisme en fer horizontal. Les machines s’arrêtent en 1961.

Textes & photos : Angel St Benoit

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