UN TRÉSOR AU FORT-ROYAL

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Il est de ces présences que l’on ne remarque plus mais qui, impassibles, habillent le quotidien et imprègnent l’inconscient d’une habitude rassurante. Le fort Saint-Louis, accroché à la mince presqu’ile rocailleuse qui ferme la baie des Flamands, continue, lui qui a présidé à l’érection de Fort-Royal, de veiller discrètement au quotidien des Foyalais, et d’attirer les curieux de toutes sortes. Et sous ses murailles imposantes, mille et un secrets, comme autant de petits trésors à déterrer, attendent celui qui sait les chercher.

UN TRÉSOR QUI SE TRAVAILLE
Les premiers à s’éprendre de Fort-Royal sont les bâtisseurs : à partir d’une arrête brute, c’est Jacques Dyel du Parquet, lieutenant général de l’île au vent qui décide de développer le Fort-Royal autour d’un fortin, haut de quelques palissades de bois, dès 1638. Cette presqu’ile, élancée dans la baie et protégeant déjà le Carénage, a encore beaucoup à jouer. En 1672, le marquis de Baas, premier gouverneur général de la Martinique, renforce ces défenses rudimentaires sous l’égide de Blondel. Grand bien lui en a pris puisque les hollandais de l’amiral Ruyter, séduits par la baie de ce Fort-Royal et les richesses de ses navires, décident d’attaquer la capitale un certain 19 juillet 1674, où leurs quelques 1500 canons et 8000 hommes ne rencontrent que 160 miliciens français retranchés. D’aucuns l’imputent au mauvais tafia, d’autres à l’imposante opposition du bastion, toujours est-il que les assaillants renoncent rapidement au combat et signent là la première victoire de ces fortifications primaires.

De palissades en bois aux murs en pierres de taille, il n’y a qu’un plan, réalisé à la Vauban par les ingénieurs de Caylus et Payen. Blénac, qui succède à Baas en tant que gouverneur, lance les travaux en 1680, et s’installe sur le promontoire jusqu’à sa mort en 1696. Dans son enveloppe définitive, le désormais Fort-Louis, en hommage au monarque, s’apprête donc à repousser les assauts répétés de l’histoire et des flottilles étrangères.

UN JOYAU À CONQUÉRIR
Véritable joyau, protecteur d’une île en pleine expansion, c’est désormais la convoitise des flibustiers anglais que le Fort-Louis va alors taquiner. Autour de ses larges enceintes et de ses nombreux bastions défensifs, se développent le centre-ville de Cul-de-Sac-Royal et le port de Fort-Royal, pour devenir progressivement la capitale administrative puis économique de la Martinique. En 1759, il résiste victorieusement à la première attaque de la guerre de Sept Ans, menée par l’amiral Rodney, avant de capituler en 1762 au terme d’une épique confrontation, stratégiquement remportée par les anglais depuis les hauteurs de Fort-Royal.

Consolidé, mieux armé, protégé par un réseau de défenses établi depuis le morne Garnier, le fort entame alors l’une des périodes les plus mouvementées de son histoire. Secoué par de multiples rebondissements militaires et autres bombardements maritimes, il change de noms comme de bannières : d’anglophone en 1763, le Fort Edwards devient le Fort de la République en 1793, avant de retomber dans l’escarcelle britannique en 1794, puis en 1809. Il faudra attendre la Restauration pour déchiffrer pour la première fois sur ses flancs l’appellation Fort Saint-Louis, qui se confirmera finalement à la fin de la Troisième République.

UNE PERLE QUI S’IMAGINE
Parc animalier au crépuscule du XIXe siècle, sanctuaire d’un lourd passé guerrier, annexe de la Banque de France et éphémère gardien de l’or de la France en pleine seconde Guerre Mondiale, les destinées de la base sont aussi nombreuses que les histoires imaginées et les légendes contées. Si son intérêt militaire s’était quelque peu estompé avec le développement de l’armement moderne et des techniques de guerre, le fort regagne la confiance des militaires au sortir du second conflit mondial, et abrite l’état major de la Marine Nationale aux Antilles. Il accueille aujourd’hui les bâtiments en opération dans la Caraïbe, au cœur du bassin du Carénage. Pour les curieux et les passionnés de patrimoine, la légende du fort reste vive : classé monument historique en 1973, il s’offre dorénavant à tous, au risque de troubler la quiétude heureuse de nombreux iguanes communs, installés là depuis le début du siècle.

Au bout de cette quête effrénée, véritable chasse au trésor de l’histoire, la destinée finale du fort se révèle au badaud, qu’il soit marin, protecteur du patrimoine ou simple curieux, celle d’être l’une des perles de Foyal. Depuis toujours à ses cotés, tranquillement dressé au devant de la mer face à la très moderne tour Lumina de la pointe Simon, il s’affirme encore comme un repère immuable dans la pittoresque histoire de Fort-de-France.

Texte : Corinne Daunar
Crédit photos : iguanes Monsieur JLouis Belepaume

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