LE FABULEUX DESTIN D’UN MYSTÉRIEUX MOULIN

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Il était une fois en terre de Rhum un patrimoine d’exception embaumant la canne et l’histoire. Surgissant au milieu de nulle part, le moulin Val D’or renait de ses cendres et nous plonge dans la grande aventure des sucriers.

Parce qu’elle donnait son dos au morne Val D’or, qui tenait son nom de cette richesse que lui prodiguait le sucre, l’habitation serait son toponyme. Son premier propriétaire, Maillard Annecrist installé sur la paroisse de Sainte-Anne des Salines s’apprête à laisser son habitation à un certain François Monel. Nous sommes en 1674 et le roseau sucré fait la fortune des grands propriétaires.

LE MOULIN DE LA PERFORMANCE

C’est à cette même époque dit-on qu’un premier moulin à bois est construit. Il est coiffé d’un simple chapeau en chaume. Les rouleaux sont entrainés par des mulets pour la traction des bras. Mais, en 1693, les Anglais attaquent la Martinique et saccagent les plantations.

Il faudra attendre plusieurs années pour que Louis Monel Maucroix, successeur de François Monel, refonde la sucrerie. Elle est dotée d’une machine à broyer dont la case constituée par une Charpente en forme de cône est couverte en essentes et portée par des piliers de maçonnerie.
Devenu la propriété de Marie Madeleine Cornet dite la veuve Monel, Val-d’Or compte parmi ses installations un moulin à bêtes très particulier. En 1770 l’industrie sucrière est en plein essor.

Et comme « La Canne doit avoir les pieds dans la terre et la tête au moulin », pour gonfler le rendement, ce dernier est doté d’une rampe d’accès pour les animaux actionnant l’axe central au sommet de la tour. La volée fonctionne selon un système de quarts. Mais ce fut l’arrivée de Sebastien Blondel dit de la Rougery, cousin des Monels et capitaine de milice au Marin, qui révolutionne la vie de l’habitation Val-d’Or. La fin du 18ème siècle est propice au développement économique de la région pousse son propriétaire à renouveler et améliorer son outillage en prenant modèle sur Saint-Domingue.

Sébastien Blondel érige à Val-d’Or, un moulin aussi innovant que surprenant doté d’un étage, une première à la Martinique.

En concevant les plans du bâtiment et le réaménagement de la sucrerie, l’homme semblerait avoir suivi un certain nombre de règles géométriques et avoir voulu marquer le lieu de symboles relevant de l’ésotérisme de son temps. Le moulin et la sucrerie semblent articulés par le tracé précis du Triangle d’or.

De plus, la sucrerie et l’appentis de l’équipage forment un carré plus-que-parfait  qui combiné au cercle du moulin se déclinerait selon le nombre d’or.

Enfin, l’édifice est conçu comme un labyrinthe en maçonnerie, les quatre cages et les seize piliers sculptés témoignent aussi d’un souci ornemental unique à la Martinique.

Tout semble en effet avoir été pensé selon la règle du Nombre d’Or au moment même où l’habitation, jusqu’alors sans nom, recevait l’appellation de « Val d’Or ». Mais peut-être Sébastien Blondel n’était qu’un ingénieux homme d’affaire à la recherche des meilleurs procédés afin d’augmenter ces gains… nul ne saurait l’affirmer.

Quoi qu’il en soit, ce dernier alimenté en cannes par les quatre portes de l’édifice à la fois améliorait indéniablement la productivité.

ÉPILOGUE

Si certains prétendent que le moulin à étage de Val-d’Or n’aurait jamais été ni été achevé fonctionnel, les pièces d’archives prouvent le contraire. Jusqu’en 1882, il est utilisé après l’installation de la première machine à vapeur. Le rôle de cette dernière était non pas de remplacer l’ancien système, mais de le doubler pour augmenter la production de vesou.

Mais à la fin du 19e siècle, la sucrerie subit la concurrence de l’usine centrale du Marin, et la famille Desgrottes, endettée est contrainte de vendre le domaine à un certain monsieur Barrel. Les bâtiments ne servent plus dès lors qu’à entreposer les cannes, qui sont ensuite expédiées au Marin…. jusqu’au jour où… La Fée D’air se penche sur sont berceau sous l’impulsion d’Eugène Largen pour lui donner un second souffle. C’est, ainsi que ce moulin hors du commun ressurgit, du passé nous est par bonheur dévoilé.

Texte & Photos : Corinne Daunar

Remerciements au Parc Naturel Régional de la Martinique

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