UNE CURE AU LONG THERMES

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Il est de ces lieux qui jouissent d’une aura particulière et d’un pouvoir curatif quasi miraculeux. Loin de Lourdes, émergeant sur les flancs de nos plus beaux mornes comme au cœur de la plaine lamentinoise, nos sources thermales offrent aux malades des eaux riches et vivifiantes.

Au début de ce XXe siècle, Monsieur Rovelus, apothicaire dans le centre de Fort-de-France, souffrait depuis des années de deux maux chroniques  : d’une anémie primitive et d’eczéma.

Il se préparait donc, sur le bon conseil de ses éminents collègues pharmacologues à réaliser une cure thermale, au risque de devoir laisser, pour quelques temps, son officine. 

QUELS MAUX POUR QUELS THERMES

Le choix des thermes se posait rapidement pour Monsieur Rovelus, qui bien conscient de son mal, souhaitait tout de même se garantir une retraite curative sereine et commode. Les installations de Moutte, ouvertes en 1855 et particulièrement calmes, lui offriraient un repos plaisant et ses eaux ferrugineuses, aigrelettes, chargées de magnésium et de manganèse, devaient soulager rapidement ses démangeaisons et revitaliser son système lymphocytaire. Parmi la quinzaine de chambres des 5 pavillons de style colonial du complexe, c’est celle ouvrant à travers une immense baie vitrée sur le l’ensemble du parc de l’établissement qui lui plaisait particulièrement. C’est donc confortablement installé dans sa baignoire de marbre que notre bon chimiste espérait soulager sa dermatose. Bien entendu, cet ermitage ne le couperait pas de ses obligations sociale et autres plaisirs mondains  : c’est dans le salon d’attente du pavillon principal que Monsieur Rovelus envisageait de recevoir ses visiteurs, avant de leur offrir une agréable promenade digestive au cœur du magnifique et généreux jardin, planté d’essences rares et luxuriantes. Il était décidément bien loin de l’intense activité de la vie foyalaise, celle là même qui motivait la majorité des curistes aisés de la capitale à fréquenter Moutte ou Didier.

Pour Monsieur Rovelus, s’installer à Moutte semblait logique : il avait bien entendu les vertus de la source de Didier (exploitée depuis 1853), ancienne source Rody, effectivement riche en gaz carbonique. Ses installations, réputées comme les plus confortables de l’île, étaient régulièrement fréquentées par des fonctionnaires et des commerçants, en faisant un lieu de soin de qualité et de rencontre du tout Foyal. La rivière alimentait même une piscine construite par l’établissement, pour le plus grand plaisir de ses nageurs, et une usine d’embouteillage permettait au curiste de ramener dans ses coffres un extrait de la source. Cependant, tout comme les eaux d’Absalon, les bains proposés par la source Didier étaient beaucoup plus indiqués pour les troubles digestifs et de l’appétit que pour les infections du sang dont souffrait Rovelus. Seront donc ici efficacement traitées les gastrites, entérites et autres affections cutanées. Il était d’ailleurs souvent évoqué avec force de bonne humeur que l’eau de Didier, mêlée au vin blanc et au sirop, pétillait comme du champagne.

MARTINIQUE DES SOURCES

Si Didier ou Moutte présentaient des installations relativement modestes mais toujours commodes, Absalon, propriété de la colonie, restait un établissement sommaire, bien que très fréquenté. Ses appartements, vastes mais vides, étaient situés à quelques mètres du corps principal des thermes, ou une vingtaine de cabines étaient alimentées par une conduite centrale.

Piqué de curiosité, Monsieur Rovelus avait également appris, au détour d’un soin, que la plaine du Lamentin était percée de sources gazeuses et chaudes (jusqu’à 47°C), cependant difficilement accessibles. Et parfois, il lui arrivait, rêvassant au bord de la rivière Monsieur, de repenser aux thermes du Prêcheur, établissement enchanteur qu’il avait eu la chance de fréquenter enfant, avant sa destruction en 1908 lors d’une éruption de la Montagne Pelée. A l’époque, l’accès au restaurant et au salon lui avait été refusé, et c’est à partir des récits fantastiques de son frère que le jeune Rovelus s’était reconstruit l’image du lieu  : le grand billard français, face au café et au salon joyeusement enfumé, offrait aux curistes d’heureux moments. Mais ce qui l’avait particulièrement marqué, c’était bien cette conduite de cuivre funambule et suspendue par des câbles, amenant l’eau des bains directement depuis le morne voisin. Si la dépense avait été d’importance, la grande technique permettait à l’établissement de profiter d’une eau à 34°C, pourtant captée à 300m de là.

Après une quarantaine de jours de traitement, M. Rovelus retrouvait sa boutique et ses activités effrénées, mais l’esprit encore aussi léger et clair que l’eau de la source Ranlay, satisfait de voir sa dermatose en retrait, et ses rhumatismes naissants déjà estompés.

Texte & Photos : Corine Daunar

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