JEAN-BAPTISTE LABAT ET SA TOUR À BAILLIF

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La commune de Baillif, habitée dès 1636 par les pères Dominicains, tient son nom du « Bailli » de Poincy qui s’y arrêta le 17 janvier 1639, alors qu’il se rendait à Saint-Christophe pour y prendre les fonctions de «Lieutenant Général du Roi sur toutes les Isles ».

Détruite une première fois en 1639 par les Anglais, elle joua un rôle très important dans l’histoire économique et militaire de notre île.

Le Révérend Père Jean Baptiste Labat (1663-1738)

Ce missionnaire Dominicain, homme aux multiples facettes, passa dix ans dans les îles où il n’exerça son sacerdoce que deux années. Personnage atypique, bon vivant doté d’un fort caractère, il avait dit-on, une réputation de magnétiseur. Ethnographe, scientifique, militaire, architecte, n’hésitant pas à faire le coup de feu contre l’ennemi Anglais, botaniste et écrivain, il est le premier Historien de la colonisation au travers de son livre « Nouveau Voyage aux Isles d’Amérique » aux six volumes publiés en 1722.

Passionné de découvertes, féru de chasses : au cours de l’une d’elles, avec ses compagnons, il captura sur les pentes du volcan la Soufrière, pour les déguster, plus d’une centaine de diablotins, oiseaux nocturnes aujourd’hui disparus.

Séjour dans l’île Sœur

Il crée à la Martinique, la Paroisse du François et du Robert et gère en 1694, pour son Ordre, à Sainte- Marie, l’exploitation sucrière de Fonds Saint-Jacques aux terres données le 23 juin 1659, aux Pères Dominicains, par la veuve de l’ancien Gouverneur et Lieutenant Général de la Martinique, Jacques Dyel du Parquet, neveu de Pierre Belain d’Esnambuc.

En ces lieux sont alors édifiés une église, un couvent, un moulin-à-eau, un aqueduc, des magasins, étuves et purgerie, une sucrerie et une vinaigrerie où travaillent 120 esclaves.

En 1696, Jean-Baptiste Labat devient Procureur Syndic des îles d’Amérique. L’histoire prétend qu’ayant contacté la fièvre de Malte, il se prépara une boisson à base de tabac vert et de guildive, une eau de vie de canne-à-sucre fermentée nommée par les Anglais Kill-devil, qui lui donna l’idée de faire venir deux alambics en cuivre de Charente, afin de distiller du rhum.

Cette découverte fit grandement évoluer l’industrie de la canne à sucre dans les Antilles Françaises.

Ses séjours en Guadeloupe

En 1696, il fait bâtir à Baillif, sur la propriété des Dominicains, un moulin-à-eau dans le quartier de Marigot et revient gérer cette propriété en 1702.

L’ingénieur

Le Gouverneur de Guadeloupe Charles Auger, le charge de construire à la Pointe-des-Pères, la tour de défense d’une batterie côtière pour protéger le sud de la Basse-Terre. Non loin du chemin y conduisant se trouve le magasin servant de dépôt aux Pères Blancs.

Situation et construction

L’édifice est érigé en 1703 à l’entrée du bourg de Baillif. Il est bâti en pierres volcaniques, près de la mer, au bout de l’allée des Pères Blancs.

Le père Labat dans ses écrits, relate « que le mur doté de meurtrières doit faire trois mètres d’épaisseur et quatre mètres de haut, sur une largeur de treize mètres. Qu’il doit remplir le socle avec des cailloux et du sable y créant une plate-forme sur laquelle se trouvent une pièce de douze ainsi que des mousquetons. Une quinzaine de soldats peut s’y tenir ». Une échelle en bois est toutefois nécessaire pour y monter et en descendre. Des rangées successives d’Opuntia, un cactus raquettes aux épines défensives sont également plantés autour de l’édifice.

Cette tour qui n’empêcha pas les Anglais de détruire une nouvelle fois Baillif, est inscrite le 22 janvier 1979, aux Monuments Historiques.

Texte & Photos : Angel St Benoit

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