SALINES DE ST-BARTH

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Au Sud de cette île très en vogue; que les Indiens Caraïbes nommaient « Ouanalao », se trouvaient il y a fort longtemps des salines, non loin d’une belle plage de sable blanc aux eaux cristallines.

UNE IDÉE SUÉDOISE

L’île était Française depuis 1648. En 1664, elle comptait cent occupants et son Gouverneur était Mr de Beauplan. En 1784, Saint Barthélémy devint Suédoise sous le règne de Gustave III, en échange du droit d’entrepôt, obtenu par les Français dans la ville de Göteborg.

En 1820, des ingénieurs eurent l’idée de faire aménager les marais situés à Anse Saline, y faisant édifier des digues et des canaux, les étiers. Lors de la marée montante, l’eau de mer s’y étant engouffrée s’écoulait jusqu’à des bassins intermédiaires, les vasières, puis dans des bassins rectangulaires les cristallisoirs contenant quelques millimètres d’une eau aux cristaux de sel plus gros.

LA SAUNERIE

La récolte à la Grande Saline s’effectuait en période sèche de Janvier à Juillet. Le travail des paludiers ou sauniers levés au « Pipirit chantant*» était laborieux, car ils arrivaient de toute l’île pour rejoindre à pied leur lieu de travail.

LE RAMASSAGE

Abrités sous des chapeaux de paille, ils pénétraient dans les bassins, leurs tenues vestimentaires ne les protégeant pas de la morsure du sel, qu’ils extrayaient avec une pelle puis ramassaient à mains nues. Leurs pieds et leurs mollets étaient protégés d’une toile montant jusque sous les genoux. Le sel était placé dans un panier tressé sur l’île, secoué dans l’eau, pour le laver et le blanchir. Une fois égoutté il était versé dans un bac en bois carré à fond plat, que l’on tirait avec une corde jusqu’à une digue, où on le déposait pour qu’il y sèche. Puis on l’enfournait dans un sac en toile que l’on posait sur la tête et que l’on transportait jusqu’à la Montagne de Cristal, haut monticule formé du précieux condiment. La récolte d’un carreau de sel durait une semaine. Ce travail s’arrêtant fin de matinée était difficile car la chaleur qui montait des bassins s’ajoutait aux effets du sel rongeant la peau. A l’époque, gants et bottes de caoutchouc n’existaient pas.

L’EXPLOITATION

Elle cessa en 1872, car le sel était plus cher que celui de ses concurrents, d’autres salines étant exploitées à St Martin et St Christophe. La Grande Saline resta fermée jusqu’au 16 mars 1878, jour où l’île fut rétrocédée à la France, pour 320 000 francs. Son exploitation reprit alors jusqu’en 1896 et la France alloua même un crédit de 60 000 francs à St Barthélémy pour l’exploitation du site, mais le cyclone de 1924 mit un terme à ce projet.

LA FAMILLE BEAL

En 1930, la Saline fut remise en état et Wiliam Beal obtint la concession de ses douze carreaux. Il transportait aussi la précieuse denrée sur sa goélette, baptisée du nom de son fils Romon. Celui-ci poursuivit cette belle aventure de nombreuses années, accompagné de ses hommes d’équipage. Sa cargaison de sel était vendue dans les îles alentours, où les négociants l’achetaient à peine débarquée. Grâce à ce précieux sel, les habitants de l’île de Saint Barthélémy conservèrent leurs denrées périssables, jusqu’à ce que l’île obtienne l’électricité en 1960. La Grande Saline ferma en 1971, depuis, les lieux servent d’habitat à de nombreux oiseaux et offrent le spectacle surréaliste, d’un sol craquelé et vaseux d’où émergent des concrétions de sel voisinant avec des branches d’arbres dénudées. Une page de l’histoire laborieuse vécue par les Saint-Barthinois s’est tournée.

Texte & Photos : Angel Saint-Benoit

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