Le mémorial du Nèg Marron

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Le 30 juin 2010, les habitants de Sainte-Anne constataient la disparition de l’imposante statue du Nèg Mawon située à l’entrée de la ville. Toutefois, loin de la volonté de la faire disparaître du panorama, il s’agissait simplement de la déplacer momentanément le temps de travaux.

Ce déplacement s’est opéré afin d’ériger un rond-point permettant d’améliorer la circulation donnant accès au boulevard Hégésipe Ibéné. Le mémorial du Nèg Mawon après restauration, a repris sa place à la fin des travaux en 2014. Il continue à interpeller les nombreux conducteurs et piétons qui empruntent cette voie au quotidien.

Le mémorial a été inauguré huit ans plus tôt, en 2002, à l’occasion du bicentenaire de la rébellion de 1802. C’est à cette date que Napoléon Bonaparte décide de rétablir l’esclavage ; Des hommes tels que Joseph Ignace et Louis Delgrès, guadeloupéens et officiers de l’armée française, prennent la tête de la révolte. Ils perdront la vie tous deux lors de combats ; Joseph Ignace est tué à Baimbridge et Louis Delgrès choisit de se faire exploser le 28 mai 1802 à Matouba avec quelque 300 de ses compagnons face aux troupes du général Richepance.

Me CAPTAN, Maire de Sainte-Anne à l’époque et M. BOZIVOIR, du comité 94 (comité guadeloupéen pour la commémoration des abolitions de l’esclavage) sont à l’origine de l’initiative du Mémorial Nèg Mawon. La conception de cette sculpture, réalisée en béton armé et en fibre de verre, a été confiée à Jocelyn PEZERON. L’artiste a travaillé en collaboration avec les groupes culturels avant de s’arrêter sur la proposition de mise en scène du Mémorial que nous connaissons. Des jeunes de la ville de Sainte-Anne ont également participé à ce chantier qui a nécessité 4 mois de travail. Le nom de chacun d’entre eux est d’ailleurs cité sur la plaque commémorative qui accompagne la statue.

Jocelyn PEZERON est souvent sollicité pour concevoir des oeuvres en lien avec l’histoire. Ainsi, le djenmbé (tambour africain), commémorant la première abolition, situé sur le site des marches aux esclaves à Petit-Canal, à la mémoire des esclaves, le monument commémorant la deuxième abolition à Bois de Vipart, le Batteur de Matalon à Pombiray à Saint-François, le buste de Cheikh Anta Diop sur le campus de Fouillole font partie de ses créations.

Le nom de Nèg Mawon (nègre marron) était attribué aux esclaves qui s’enfuyaient, malgré le risque encouru, pour échapper à leurs dures conditions de vie dans les plantations, d’autres choisissaient de se suicider. Ces évasions s’organisaient seul ou en groupe et donnaient lieu à des recherches intensives de la part des maîtres. Les fugitifs qui étaient retrouvés subissaient les châtiments réglementés par le Code Noir ; Ils étaient mutilés, marqués au fer d’une fleur de lys, amputés d’une oreille à la première tentative. Une autre fuite leur valait l’amputation d’un mollet afin de leur ôter toute velléité de désobéir à nouveau. Ceux qui s’y risquaient malgré tout encore une fois étaient punis de mort par pendaison s’ils étaient rattrapés.

Sur ce mémorial du Nèg Mawon, Jocelyn Pezeron a choisi de situer le contexte historique avec en arrière-plan, un pan de moulin que l’on retrouvait dans les plantations. Les chaînes font référence aux traitements infligés par les maîtres. Le Nèg Mawon y apparaît, une jambe et les oreilles coupées. Il est entouré de deux Chaltoné, sorte de flambeaux, avec lesquelles il s’éclairait pour se déplacer la nuit, de la coque de lambi qui permettait de communiquer avec les autres esclaves et du Ka (tambour) qui accompagnait les esclaves dans leurs chants et leur permettait de perpétuer la musique africaine. Depuis 2014, cette musique, le Gwoka, est inscrite au Patrimoine Immatériel de l’Humanité par l’Unesco.

Texte : CHRISTINE MOREL
Photos : SIMAX COMMUNICATION

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