LA GENÈSE DE L’IDENTITÉ INDO-GUADELOUPÉENNE

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Le 24 décembre 2018, les indo-guadeloupéens commémoraient, à la Darse de Pointe-à-Pitre, le 164e anniversaire de l’arrivée des premiers travailleurs indiens en Guadeloupe.

Les productions de sucre, de cacao et de café, sources de l’économie florissante des Antilles au XVIIe siècle, sont à l’origine de l’importation massive d’esclaves.

L’abolition de l’esclavage en 1848 constitue le point de départ de la migration de travailleurs vers ces territoires dont les planteurs sont à la recherche de main-d’oeuvre.

Le conseil colonial, ancêtre du conseil général, prend la décision de faire venir des travailleurs indiens, fort de l’expérience des colonies britanniques de la Caraïbe ou de la Réunion pour lesquelles l’expérimentation s’est révélée positive.

En 1854, un arrêté détermine le montant à payer pour ces transferts de main-d’oeuvre ; l’Etat prend en charge 250 francs par engagé ; la colonie, 100 francs par adulte et 60 francs par enfant. Il reste à la charge du colon, 150 francs par adulte et 90 francs par enfant. Les travailleurs indiens sont liés à l’engagiste qui a participé à leur frais de voyage et ne peuvent s’en détacher en partant travailler ailleurs.

Le 24 décembre de cette même année, les premiers travailleurs indiens, appelés des engagés, et au nombre de 314, débarquent en Guadeloupe. Ils arrivent à bord du bateau l’Aurélie après un voyage de 3 mois dans des conditions de confort et d’hygiène précaires.

En 1861, une convention signée entre la France et l’Angleterre vient officiellement réglementer et réguler l’arrivée des travailleurs indiens dans les colonies françaises depuis Calcutta. L’arrivée d’un engagé est régie par un contrat de 5 années renouvelable. Il peut renouveler le contrat pour la même durée ou choisir le rapatriement au frais de l’administration. Un syndic est chargé de veiller au respect des engagements des parties. Le planteur a la charge de lui fournir le logement, la nourriture, les vêtements, les outils de travail et d’assurer les frais médicaux la première année. Toutefois, la réalité s’avère différente car ces nouveaux arrivants sont exploités par les propriétaires, mal nourris, laissés sans soins et ainsi victimes d’une mortalité importante. Il est observé jusqu’à 45 % de décès de ces travailleurs dans certaines communes au cours des 5 premières années. Une mauvaise opération financière pour les planteurs qui, dans ce cas, n’amortissent pas le coût de leur recrutement. Ayant fui l’Inde pour sa misère, beaucoup choisissent pourtant de rester sur ce territoire qui devient définitivement leur terre d’adoption. Même s’ils le souhaitent, il leur est difficile de bénéficier du rapatriement prévu en fin de contrat par la négligence de l’administration française. Cette inertie sera d’ailleurs la cause de la rupture de la convention liant la France et l’Angleterre.

Après 93 convois, l’immigration indienne est suspendue en Guadeloupe et en Martinique en 1887. Le dernier voyage s’effectuant en 1885 avec 461 engagés. En 33 ans, quelque 42 000 indiens sont ainsi arrivés en Guadeloupe.

Au fil des générations, avec la possibilité d’étudier, les Indo-Guadeloupéens n’ont cessé de se hisser dans la hiérarchie sociale. Aujourd’hui, ils se revendiquent avant tout Guadeloupéens et sont parfaitement assimilés dans l’économie locale. Ils ont su néanmoins préserver leurs traditions au travers de leur culture fondée sur la religion en s’adaptant au contexte guadeloupéen. L’archipel y a gagné en diversité dans de nombreux domaines avec, à titre d’exemple, l’intégration de termes dans la langue créole (nanni nannan d’origine hindi ou encore Appa, Ann man, d’origine tamoul), de plantes (orchidée, coton, citronnelle …), de saveurs (safran, gingembre, gombo …) et bien sûr du colombo et du tissu Madras, devenus des emblèmes de la Guadeloupe.

© Christine Morel © CGPLI

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