LYCÉE SCHOELCHER : flambeau de savoir à flanc de morne

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Le lycée Schoelcher patine puissamment l’histoire intellectuelle moderne de la Martinique. Formidable outil d’éducation et d’émancipation, il est aussi celui de l’assimilation. Et c’est dans cette rencontre, voire confrontation d’ambitions, que s’est construite sa légende et son collectif inaltérable, lovés sur le temps long dans trois bâtis remarquables.

Le lycée aux trois emprises

L’histoire débute dans le Nord : au creux de 1880, c’est le Collège National de Saint-Pierre qui est établi côté Mouillage, pour fournir aux jeunes âmes locales cette éducation supérieure que les abolitionnistes de 1848 appelaient déjà. C’est la première emprise physique de l’institution qui s’augmente, en avril 1092, du très officiel titre de lycée Victor Schoelcher. Dans la foulée, le 8 mai, il disparait corps et biens sous les ardeurs de la Pelée. Après le bouleversement, la renaissance : c’est la Caserne Bouillé qui devient une place d’enseignement et accueille pour un temps, étudiants survivants, écoles des Arts et Métiers et ou de l’agriculture coloniale. La communauté scolaire, comme indivisible, se reforme, après avoir été éclatée entre la Guadeloupe et métropole. Le bâti est très vite dépassé, peu conçu pour l’exercice qui lui est prêté, dans un environnement trop malsain pour la bonne éducation des jeunes pensionnaires.

Le savoir est dans le béton

Le terrain retenu pour la nouvelle assise porte jusqu’ici la maison du gouverneur de l’île, dressée sur la corniche du Morne Abélard. Construite dans la langueur des entreprises du génie et de l’administration, la structure se fait attendre. Pourtant, sa réinstallation s’était envisagée dès le lendemain de l’éruption, mais ne se concrétise qu’en 1920 : le terrassement lui, ouvrage dantesque, ralentit longtemps le projet. Le gradin des travaux profile pendant presque deux décennies le paysage foyalais, où la jeunesse badaude se perd régulièrement. Il émergera finalement, ce nouveau bâti, à partir de 1937, comme fleuron d’une architecture révolutionnaire et à la diffusion incomparable, le courant formidable du tout béton et de « l’architecture bateau ». L’espace d’expression est inédit, mais immanquable : l’enchainement de terrasses et de parapets, les volées infinies de marche, les pans de dur accrochés au versant sont autant de marqueurs, derrière l’inénarrable reflet d’or pâle. Son ingénieuse conception poteau-poutre pèse sur les fondations, mais assied puissamment la silhouette des différents niveaux sur la corniche intempérante. Enfin fonctionnel, Bouillonnant, il est de toutes les luttes, sociales, politiques, militaires même. Sous l’Amiral Robert, l’armée pétainiste y installe une partie de ses services. À mesure, il s’étoffe, se flanque de nouvelles dessertes et dépendances. Plus loin, les grèves, les mouvements étudiants ou intellectuels, les évolutions de son statut dessinent, à l’orée des années 1980’, l’établissement actuel : mixte, polyvalent, déjà fier d’un passé dense.

Le bâti du futur

Pour autant, les morsures du temps et du vent salin ne sont pas sans en altérer les étagements : le lycée, formidable ouvrage civil, précurseur des enjeux tectoniques, s’essouffle. Dès la fin des années 1980’, la question de sa réhabilitation investit l’agenda public. Et pourtant, que de tergiversations et d’inconnues pour la destinée de ce flambeau de l’identité patrimoniale et intellectuelle de l’île. Le dernier acte de cette savante épopée, se consigne donc dans le temps récent : la mue du bâti, qui entre ses murs fait vibrer les traces de demain. Un projet pharaonique, à la hauteur de l’icône qu’il représente, dans une absolue refonte. Inscrit aux monuments nationaux, l’inspiration de l’architecture historique entend bien percer le béton moderne de la nouvelle conception : le lycée Schoelcher, une communauté Phoenix ?

Corinne Daunar et source : les pages de Lycée Schoelcher

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