{Martinique} LA POSTE, une histoire de volonté

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L’histoire postale est une épopée phénoménale, qui s’écrit et se dessine depuis l’Antiquité, à travers le monde entier et dans une abondance de modèle. À la Martinique, une poignée de siècle avant la consolidation moderne des PTT et de la Poste, c’est au besoin que les supports à la correspondance se développent, marqués, discrètement, dans l’urbain de l’île.

Les premières échanges de missive semblent d’abord relever du luxe et de l’exubérance : les « courriers particuliers » sont alors des coursiers, affectés à la pénible livraison de la correspondance locale. Plus loin dans la Colonie, tandis que l’île, sous attaque anglaise, souffre sérieusement de l’absence de communications, le gouverneur Levassor établit en 1761, pour la défense des bourgs, d’éphémères « bureaux de lettres », renouvelés en 1764 par le Marquis de Fénelon.

La correspondance coloniale : privée et erratique

C’est finalement une longue ordonnance du Comte d’Ennery qui crée, dans son fonctionnement et ses mécaniques les plus fines, un service postal digne de la Martinique. Nous sommes en 1766, et s’inaugure un système complet de liaison entre les paroisses de l’île, irradiée depuis la Grand-Rue du Mouillage à Saint-Pierre où se fonde le siège central de cette nouvelle administration. S’établissent des lignes sur le territoire que parcourront une dizaine de « postillons », flanqués d’une fleur de lys en fer blanc de la Colonie pour garantir leur course à travers mornes.

La montée en puissance

À partir du milieu du XIXe siècle, le service continue de se structurer. Une petite révolution se joue d’ailleurs, avec l’introduction du timbre-poste, marqueur de l’accélération de la correspondance : parait en 1859 le premier timbre dédié à la France d’outre-mer: le type Aigle, sous le dessin de Désiré-Albert Barre, issu d’une vaste famille de graveurs et qui promet une belle histoire philatélique.

À mesure, les volumes croissent. Au tournant du XXe siècle, un centre de Poste, Télégraphes et Téléphones sert de messagerie-relais à Foyal, où des sacs de lettres sont envoyés vers tous les bourgs.

Le courrier transatlantique, mais aussi vers les Amériques transite alors par les navires qui font escale au port. Lorsque le réseau routier se stabilise, ce sont les taxi-pays qui prennent la casquette « d’auto postale », assurant une liaison quotidienne entre la capitale et le reste des communes.

Retrouver l’histoire postale dans ses bâtis les plus anciens n’est pas aisé, là où elle s’est longtemps d’abord instituée en logistique plus qu’en construction. Son premier marqueur véritable, le siège central de la Poste d’Ennery, disparait à Saint-Pierre lors de l’éruption de 1902. Ses bureaux eux, sont sans guichets, sobres et peu remarquables, entretenus par des sacristains.

Un bâti discret

Aussi, le visage le plus ancien de l’épopée postale de la Martinique semble donc encore celui de l’Hôtel des Postes de Fort-de-France, qui veille sur la place de la Savane depuis 1910 et accueille les agents du câble télégraphique. Il se dessine suivant l’empreinte néo-classique caractéristique du Palais de Justice de l’île, dévoré par l’incendie dantesque de 1890.

Érigé en pierre, flanqué de deux ailes symétriques, s’y arbore en creux l’influence du siècle, épris de fer forgé et de maçonnerie. 100 ans plus loin, le réseau postal est immensément plus dense : une quarantaine de bureaux de la Poste, apparue en 1991 après la scission des PTT, irriguent les cantons. Des services express internationaux, profitant notamment des soutes des gros-porteurs quotidiens, mettent la Martinique à une journée de courrier. Et pourtant, en 2007, un bâtiment un peu particulier fait parler de lui : le centre de tri de la rue Bouillé, massif cube de béton armé et figure familière, voit ses flancs se fatiguer sous les attaques des secousses d’un important séisme, comme un rappel que l’histoire postale de la Martinique s’est construite dans l’aléa !

Texte : Corinne Daunar – Crédit Photo Fondation Clément collection L.Hayot/CD

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