La communauté Syrienne en Martinique

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La Martinique est, dans son fondement, fille de métissage et héritière des arrachés de l’histoire. Parmi ces communautés, ces sangs qui construisent l’identité unique de l’île, celle des syriens, discrète composante de l’économie et de la culture locale. Fins commerçants, négociants de textiles, tissus ou prêt-à-porter, ils habillent et habitent l’île depuis le début du dernier siècle.

L’histoire du peuple Syrien, c’est celle d’une civilisation aux prises de la politique mondiale. Dans le désordre des colonies, protectorats et occupations modernes, que le chaos des guerres nourrit toujours un peu plus, les communautés syriennes deviennent voyageuses. Le début du XXe voit le Moyen- Orient se recomposer, devenu terrain de compensation des puissances européennes exsangues. Les occupations turques de plusieurs décennies, les protectorats français ou anglais dans la région, les préparatifs à l’installation de la future Israël et les prétentions territoriales des voisins complexifient la géopolitique locale et poussent à l’exode.

Un exode-monde

Parmi les prétendants au monde, les « Américains », ces fils puis familles embarqués vers les nouvelles Indes, l’Amérique dans son plus grand flou. Pour certains, cette Amérique éthérée deviendra, au bout du voyage, après le clapot de la Méditerranée bazar du port de Marseille, la rondeur de l’Atlantique, La Martinique ou la Guadeloupe. Ceuxlà viennent de la région de Tartous, des bourgades de Al sawda ou Bmalkeh , et portent en eux la mémoire d’une région. Entre les deux guerres, l’émigration est rendue plus simple, l’appel de l’aventure rendu possible par la cotisation de toute la famille et les efforts de peuplement des empires coloniaux aux manettes.

Une communauté des confins du Levant

Le parler populaire agrège les histoires. Libanais, palestiniens ou syriens, sont souvent regroupés sous ce même vocable, les zarab’ ou, par abus, confusion ou simplicité populaire, les Syriens. La communauté syrienne, pour autant, dans ce bouillonnement des arrivants, forme sa propre épopée antillaise. Elle se reconstitue donc en Martinique, et prend la route des mornes pour colporter une foultitude de produits, qui dépassent de leurs lourds sacs à dos ou s’accrochent à un morceau de force encore disponible. Tissus, textile, savon, parfum, bijoux pour les dames…

Basés en ville, à Saint-Pierre notamment, ils arpentent la campagne et redescendent seulement pour regonfler leurs stocks. Finalement, ici, là, se reforme déjà une petite communauté de voyageurs rêveurs, pour beaucoup issus de la même région. Ceux-là mêmes qui égaieront les magasins de la rue François Arago n’oublient certainement pas leurs origines. Cette fameuse rue des Syriens, que la littérature et la mythologie populaire ne manquent pas de célébrer, voit s’installer les plus entreprenants, et bientôt les générations suivantes, qui troquent les lieux contre un pas de porte et une vitrine. Désormais, le textile, les tissus et les fripes, à Foyal ou dans les communes, ont leur magasin, et l’on se vêt chez le Syrien.

Des cultures qui se mêlent

Et cette douce, discrète influence, a participé à la construction de la Martinique moderne. Ces négociants dans l’âme, au sang des phéniciens voyageurs, apportent à l’île ces formes inédites de commerce, de culture ou de gastronomie.

Le crédit aussi, se rénove avec eux ! Combien vendent aux démunis, et forment un commerce populaire, de proximité. Le créole devient un trait d’union entre les peuples ; C’est là sans doute, dans le primaire de la langue du peuple, que le lien se crée. Les Syriens, locuteurs arabes, s’épanouissent plus facilement dans le créole, idiome de rencontre et d’adaptation, et s’attachent à la Martinique provinciale.

Et puis, il y a cette confluence des cultures, des croyances, qui facilite l’intégration d’une grande partie d’entre eux, ces chrétiens orthodoxes d’Orient qui auront, au coeur du tumulte, fuit la répression de confession. Aujourd’hui la communauté est fière d’un petit millier de personnes, autour de familles déployées sur plusieurs générations métissées, et qui continuent de fonder, en maillon d’une chaîne en éternelle composition, une part de l’identité Martinique.

Mes remerciements à Nader Issa

Texte : Corinne DAUNAR – Photos : © Nader Issa & Corinne DAUNAR

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