L’HÔTELLERIE EN MARTINIQUE

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La Martinique et le tourisme : une toute jeune épopée, que l’île appréhende à mesure. Des premières places ronflantes de luxe aux grands ensembles des masses vacancières, des hôtelleries alternatives aux locations insolites, vous voici envolés dans une histoire toute récente, et pourtant devenue reine : celle de Madinina, l’île aux fleurs… et aux touristes !

Aux avant-gardes : la Martinique des années 1950

En voilà un pan d’histoire qui commence, tard, bien plus tard que la fondation de la Colonie Martinique. Il est difficile de songer au tourisme, dans son acception moderne, avant la moitié du XXe, où se développe, confort de la vie moderne oblige, le concept du voyage de masse et des destinations ensoleillées. Sur les rangs de cette veine économique naissante, il y a d’abord les précurseurs, dans les années 1950 : au premier rang desquels M. Glaudon, son hôtel l’Impératrice et l’anecdote qui suppose que c’est au détour d’une croisière caribéenne que l’idée s’impose : proposer un immeuble audacieux, résolument moderne et impressionnant, pour enfin capter ces visiteurs nouveaux, curieux, dont les rangs ne cessent de grossir. Il faut dire que dans le même temps, les modes de transports explosent, et laissent songer à des lendemains de foule : les navires transatlantiques sont bientôt supplantés par des lignes aériennes gourmandes : le fameux Latécoère sera la dernière transition air-mer avant l’avènement des lignes directes vers la Métropole ou l’Amérique du Nord, sur les traces des Constellations et autres Boeing. L’alimentation de la Caraïbe en touristes est assurée, le tournant d’une présence de masse est bel et bien engagé.

Un pan récent

La situation s’accélère donc, sur terre, à partir des années 1960, sous l’impulsion du fameux Commissariat au Plan, celui-là même qui définit les grandes orientations économiques nationales. Dès le IIIème Plan, le tourisme figure déjà dans les politiques publiques. C’est bien dans les programmes suivants, des IV et Vème Plans, qu’il est érigé en facteur essentiel de la progression économique de la région. On pense infrastructure et aménagement, publicité et « propagande, et puis, formation de toute une nouvelle main-d’oeuvre. On parle alors de « zones à vocation touristique » : les Trois-Ilets, la baie de Fort-de-France ou le sud sont consacrés zones d’aménagements différés, et deviennent les réserves foncières pour l’érection d’équipements touristiques denses : aux outils de divertissements et d’hébergement s’ajoutent les infrastructures primaires, de transport, structurant le territoire. La période est propice, les avantages et aides à la construction se multiplient. Les années 1970’ deviennent celles des super-complexes, aux capacités de plusieurs centaines de lits. La côte s’active, se bétonne, s’offre à un tourisme prometteur et massifiant.

Il faut imaginer que toutes ces nouvelles installations doivent générer de l’emploi, dans un contexte d’explosion du tourisme dans la Caraïbe. Les îles voisines, ou les plus lointaines grandes Antilles, s’offrent mornes et plaines aux nouveaux voyageurs.

Et aujourd’hui, l’offre se recompose et s’affine

Le pic de touristes et de capacité est atteint dans les années 1990. De là, les deux indicateurs, inexorablement, s’effritent peu à peu. Le sursaut de ce début de siècle devient celui d’un tourisme plus ciblé, plus intime même.

Dans ces révolutions sourdes, en marche, les nouveaux ensembles sont moins grands, les nouvelles vacances sont plus intimistes. L’habitant redevient une destination, l’essor d’un nouveau mode de voyage fait exploser les structures individuelles & plateformes de réservations, dans l’air du temps, gîtes, archétypes du récréotourisme rural, les meublés de tourisme, qui ont le vent en poupe. Et pour les mastodontes du passé, un vaste plan de relance doit leur permettre une transition vers les nouveaux usages. La Martinique entre dans son tourisme 2.0, emprunt de responsabilité, de conscience et d’authenticité !

Texte : © Corinne Daunar

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