LES MOUSQUETAIRES DE LA BIBLIOTHÈQUE SCHOELCHER

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Cathédrale de la culture pour les uns, cage à perroquets pour d’autres, la Bibliothèque Schœlcher fut tout autant haït qu’encensée par ses contemporains. Présentée lors de l’exposition universelle de Paris, puis remontée à Fort-de-France, elle est avant tout un symbole d’espoir porté aux nues par des hommes éclairés.

Tout commence par une lettre de Victor Schœlcher adressée au Président du Conseil Général de la Martinique le 17 juin 1883.
« J’ai l’honneur d’offrir à la Martinique ma bibliothèque composée de 9 à 10000 volumes imprimés et d’environ 250 volumes de musique gravée (…) En exprimant le vœu que le Conseil Général fasse de cette collection de livres une bibliothèque ouverte à tout lecteur… ».

« MIEUX LES MASSES SERONT INSTRUITES, MIEUX ELLES USERONT AVEC DISCERNEMENT DU BULLETIN DE VOTE »

Pour cet humaniste, ami de Jules Ferry, la conquête de l’égalité et de la liberté est indissociable de la lutte pour l’instruction laïque et obligatoire. À travers ce don utilisé comme arme politique et sociale, Victor Schœlcher entend pérenniser son œuvre abolitionniste. Mais il témoignage également de la sympathie pour la population Martiniquaise qui lui fit bon accueil.

L’édification d’un hôtel digne du philanthrope est décidée en décembre 1883. Sa construction est confiée à la maison Moreau Frère à Paris et c’est à un certain Pierre-Henri Picq, disciple d’Eiffel d’en signer les plans. Entre temps, la collection arrivée en 1884 est provisoirement hébergée dans un immeuble à l’angle de la rue saint Denis. Malheureusement ce trésor sera dévasté par le grand incendie de 1890. Seuls 1200 volumes seront sauvés.

UNE VOLONTÉ DE FER

Très remarqué lors de l’exposition universelle de 1897, le pavillon de la Bibliothèque Schoelcher, œuvre éclectique de Pierre- Henri Picq tout comme l’homme détonne.

Sculpteur ornemaniste de formation, Pierre-Henri Picq, fils de boulanger devenu architecte a une carrière déjà bien assise. Reconnu par ses pairs, il incarne la vitalité d’une époque durant laquelle les monuments à vocations culturelles prolifèrent. Avec pour ami Victor Schœlcher et Lucie Brière de l’Isle, une métisse originaire du Vauclin pour épouse, il ne pouvait qu’embrasser le projet de la fameuse bibliothèque. Pour sa construction, il répond aux impératifs locaux. Il privilégie le fer pour les décors, le ciment et le verre pour le bâtiment lui-même, le bois pour les portes et les cloisons afin de limiter l’action du feu si redouté.

Sa démarche esthétique est des plus originales. Elle emprunte au classicisme s’inspirant à la fois de la tradition antique, dorique, ionique ou corinthienne, à laquelle il mêle avec finesse des éléments d’inspiration florentine et baroque. À cet éclectisme occidental, il apporte une touche orientale grâce à la polychromie mauresque des murs et à la mosaïque byzantine qui font de ce monument un véritable modèle architectural. Mais il faudra attendre 1897 pour voir l’œuvre enfin accomplie.

LE TROISIÈME MOUSQUETAIRE

Et c’est au Pierrotin Victor Cochinat, de son vrai nom Jean-Baptiste Thomas que revient la mission de veiller sur ce trésor culturel. En 1884 il devient, sur les instances de Victor Schœlcher le premier conservateur en chef de cette bibliothèque. Injustement méconnu, il joua un rôle important sur la scène journalistique et politique, à Paris tout aussi bien qu’en Martinique. Mais plus encore il fut le secrétaire d’Alexandre Dumas père puis rédacteur au Mousquetaire et au Figaro . Victor Cochinat s’éteint en 1886 sans avoir foulé le parvis de ce temple de la connaissance dans laquelle tant de Martiniquais se seront à leur tour éclairés.

Texte : Corinne Daunar
Photos : © Lois Hayot

Remerciements à la fondation Clément & à la Bibliothèque Schoelcher

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