LE FAUTEUIL DE PLANTEUR

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L’univers mobilier caribéen, et à fortiori, colonial, est riche d’une multiplicité de mélanges, de rencontres des modes et de diffusion des pratiques, matières et artistes. Dans les Antilles françaises, ce sont ces siècles d’une histoire intense qui façonnent une culture domestique créole, où chaque pièce porte des meubles métissés. Le fauteuil de planteur, ou colonial, est de ces marqueurs historiques importants.

On y verrait aussi l’influence du rocking-chair anglais, devenue la berceuse caractéristique de nos latitudes. Dans sa forme primitive, on le retrouve plus volontiers dans les îles voisines anglosaxonnes et autres colonies britanniques à travers le monde. En Inde notamment, il fait fureur chez les colons, et se déploie volontiers autour d’un cannage de palme ou d’osier. Ses traits ne sont pas non plus sans rappeler ce fameux fauteuil Régence, ou Louis XIV, dont les styles diffusent largement parmi les pièces apportées dans les îles et les savoir-faire développés.

Une inspiration anglo-saxonne

Sa forme, elle, est immédiatement reconnaissable : un large fauteuil monoplace, bas et spacieux. Le must de ce meuble d’abord utilitaire : des bras amovibles s’insèrent sur les accoudoirs, mobiles autour d’une rotule, destinés à accueillir des jambes ankylosées ou des bottes crottées, à retirer. Ces fameux accotoirs marquent un modèle unique en son genre, qui l’imposeraient même comme le Maître-meuble. La plupart des dessins proposent une position profonde, renforcée par des pieds arrière raccourcis et épatés. Le dossier, souvent majestueux, peut être plein où constitué d’un cannage complet, jusqu’à l’assise. Sobre dans ses versions initiales, il peut s’agrémenter de finitions, de gravures ou de formes plus complexes. Là encore, les artisans locaux rivalisent d’originalité pour marquer de leur patine des ouvrages dans leur temps.

Un fauteuil aux tendances du monde

Les origines plutôt récentes du fauteuil, perçant plutôt la fin de la colonisation et moins françaises que britanniques doivent en faire un meuble moins répandu, ou travaillé, en Martinique ou en Guadeloupe. Il s’appuie d’abord sur un souci du pratique et sur la recherche de confort, que les spécificités des usages ou des régions viennent modifier en techniques, matières ou formes. Il faut dire que le fauteuil de planteur n’a pas fini d’exister. Particulièrement plébiscité dans les années 1940, il habille ce qu’il reste des comptoirs coloniaux du milieu du XXe siècle. Désormais capitonné, il habite plutôt les intérieurs et se pare de cuir tanné et élégant. Le fauteuil utilitaire des habitations antillaises et déjà plus lointain, mais l’élancement caractéristique de ses pattes arrières, évasées, ses grands accoudoirs et l’assise, profonde, confortable et puissante ne laissent que peu de place au doute quant à cette origine commune !

Texte : © Corinne Daunar – Photo : © Antiquités et ébénisterie d’art

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