LE FAUTEUIL EMMANUELLE

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Le fauteuil Pomaré, ou Emmanuelle, conte l’épopée d’un meuble exubérant, du Pacifique à l’océan Indien, de l’Atlantique à la mer des Caraïbes. Ce grand siège transfuge, au succès planétaire, n’en finit pas d’investir les intérieurs et d’habiter les modes. Plongée dans l’histoire d’un fauteuil devenu trône.

Le fauteuil dramaturge

Rares sont ces meubles aux destinées aussi médiatiques : pour le fauteuil Emmanuelle, l’histoire commence sous des auspices royaux : trône des monarques tahitiens, il vit la cour, et se rebaptise Pomaré, au XVIIIe, en hommage à l’existence sacrifiée de l’un de ces souverains. Bien plus tard, en 1974, il s’installe dans les paysages de Bangkok, célébré par l’érotique « Emmanuelle » et son film éponyme. Le fauteuil, désormais star, en prend l’appellation et conserve les aspirations sensuelles et exotiques de cette lointaine Asie. Il faut dire qu’il attire irrésistiblement l’oeil, et ne cache rien de ses attributs impériaux. Son dossier immense et élégant, des formes tout en rondeur et oppositions de volumes l’érigent en maître-assise. Il concentre, dans la pièce ou l’espace ouvert de la terrasse, toute l’attention. Son pied tressé et tourné semble tout consacré à la mise en valeur de ce fauteuil démesurément grand. La fibre s’épanouit en palmes, en soleil, en aura unique derrière celui qui y prend place et confirme, s’il en était le besoin, sa haute qualité de trône.

Pomaré, ou le renouveau de l’esthétique coloniale !

L’on peut se douter qu’il débarque dans la Caraïbe au terme même de son aventure filmique mondiale. Après tout, il vit une destinée sans bornes, et semble se glisser entre les cultures avec facilité. Là tahitien, ici asiatique, il devient caribéen, inspiration d’une douceur de vivre tout antillaise. Ses jolies proportions lui ouvrent les terrasses martiniquaises, où l’on explore l’Asie du Sud-Est au creux des Alizés. L’esthétique de la fibre tressée, qui n’est pas inconnue sur ces terres de bois ti-baume (au service de nos types cases aux parois en gaulettes) et de bakoua, forge une place royale à ce meuble entrelacé.

Osier ou rotin, peinture ou teinte naturelle, quelles subtilités ?

Le secret de ce fauteuil princier se cache dans sa maille : ajourée, elle compense intelligemment le volume de l’assise par une irrésistible sensation de légèreté. Traditionnellement en rotin, liane de régions tropicales, il tente l’osier, saule tempéré, pour le tramage du dossier et de ses finitions. Dans ce mélange des genres, le grand succès du Pomaré tient aussi aux détournements qu’en permettent le temps et les modes. Si la structure se reconnait toujours aisément, il s’égaie désormais de raffinements originaux : le liseré du dos s’habille de tressages uniques, le maillage s’élargit et dessine d’autres formes, en plumes et arabesques. Il se peint, il se pare, se fleurit. On le rehausse négligemment d’un plaid exotique ou d’un coussin vintage. Atemporel, il satisfait tous les courants et se glisse dans de nombreuses esthétiques pour en représenter naturellement les lignes. De fait, dans les intérieurs antillais et les inspirations caribéennes, le pari est plus que réussi.

Texte : © Corinne Daunar / Photo : © Maisons du monde

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