L’Habitation Routa

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L’allée centrale conduisant à l’Habitation, réalisée par l’Entreprise Diligenti était autrefois bordée de flamboyants et de filaos. En 1966, après le cyclone Inès, l’actuelle propriétaire les remplace par de majestueux palmiers royaux.

Une suite de noms

« La Fontaine », « Bellevue », « L’Espérance », prend le nom en 1837 du nouveau propriétaire Louis Adolphe Routa, (1787/1843), aspirant de la marine, fils d’un procureur de Charleville. Il épouse en 1815, Louise Pétronille Fillassier de Richebois (1777/1822), puis se remarie avec une demoiselle Dupré. Sa fille, Marie Louise Hortensia crée la première rhumerie. Routa est revendue en 1920 à Jules et Henri Wachter, lequel est ensuite seul propriétaire. Après le cyclone de 1928, il faut reconstruire la maison. Il en dessine les plans et confie le projet à l’entreprise Payot, Kahn et Farcy qui ont réalisé le Monument-Aux-Morts des Abymes. Commencée en 1930, la construction de Routa s’achève en 1937.

La grande maison

Moderne pour son époque, ses ouvertures favorisent une ventilation naturelle. De forme hexagonale avec une ossature métallique importée de France, sa structure marie béton armé et bois. On fait venir les carrelages posés sur un lit de sable, depuis l’Italie. Une galerie aux poteaux en béton soulignée de garde-corps métalliques court autour du rez-de-chaussée et de l’étage.

Pièces de réception

Le portrait d’Henri, réalisé par le Père Charles Triclot, trône en bonne place dans la salle à manger. Toutes les pièces ouvrent sur la vaste terrasse agencée. Au rez-de-chaussée, la salle à manger qui communiquait à l’origine avec l’office et le salon, (lequel abritait autrefois un piano et un billard), sont décorés de meubles créoles. Jouxtant le salon, un couloir mène vers le bureau, l’escalier, l’ancien office. L’étage abrite les chambres, (l’une servit de salle de classe sous la houlette d’une préceptrice membre de la famille), les salles de bain (une majestueuse baignoire aux pieds en fonte est encore visible). Routa, est rattachée au réseau électrique en 1963. En 1981, Guy et Jacqueline Wachter y emménagent. Derrière l’Habitation sur le côté droit de la cour pavée, une annexe proche de la citerne bétonnée abritait la cuisine, les chambres du personnel de maison et de la Mabo. Une construction s’élève où était bâtie la première Habitation Routa et la piscine occupe la place de l’ancienne cave.

La distillerie

Produisant le Rhum «Cristal de Roche», le chemin qui y conduit longe la maison du contremaitre. En 1989, le cyclone Hugo fait de gros dégâts brisant le haut de la cheminée qui s’élevait à une vingtaine de mètres. La roue à aubes de cinq mètres de diamètre achetée avant 1928 auprès de la distillerie Moulin- à-Eau/ Pinel Dumanoir de Capesterre- Belle-Eau, n’ayant pas le même sens de rotation, il a fallu rajouter au canal en pierres amenant l’eau de la Grande Rivière à Goyaves, la dérivation d’un canal en bois, et l’aide d’ouvriers pour la faire tourner. Le moulin de type Nillus est à rolles horizontaux. L’exploitation cesse en 1973, mais il reste la roue hydraulique, le canal, des cuves, deux hauts foudres à rhum fini dont l’intérieur est recouvert de vitrocéramique bleue. En 2012 et 2017 la série télévisée policière « Meurtres au Paradis » y a tourné deux épisodes. En 2013, la maison principale, l’allée, la distillerie sont inscrits aux Monuments Historiques.

Routa fête ses 100 ans cette année et ainsi qu’il est écrit sur l’antique plaque en marbre accrochée en bonne place sur l’un des murs de la salle à manger : « Que Dieu protège Routa »… pour les nombreuses décennies à venir.

Texte & Photos Angel St Benoit

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