LES BAIES DE LA MARTINIQUE

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Le Kaléidoscope Créole se promène, pour ce tour d’horizon, le long des côtes de la Martinique, aux mille profils de tombants. A chaque baie, crique, anse ou renfoncement de terre, répond un secret vivement conservé, mille facettes uniques de Martinique, vue de mer.

Aux prémices de la colonisation, les Anses d’Arlet constituent un intrigant rappel mémoriel des premiers contacts. Lovées au lointain des contreforts de la montagne du Diamant, le morne Larcher, ces petites baies étroites tiendraient leur nom du chef Caraïbe éponyme, qui aurait abandonné, accompagné de son frère, ses terres du Nord pour gagner refuge, un temps, au Sud de la Martinique, fort d’un traité de paix signé avec les colons.

Les baies coloniales, haut lieu de commencement

Une poignée d’années plus loin, dans cette histoire coloniale précoce, se donne à voir l’une des évènements les plus épiques, sinon romancées, que porte l’île : la bataille de la baie des Flamands. Les chroniqueurs sont nombreux, dont le père Labat, a en décrire le déroulé improbable : à la mi-1674, alors que la guerre franco- hollandaise fait rage dans les Antilles, les forces bataves de Michiel de Ruyter, fier amiral des Provinces Unies néerlandaises croisent au large de la Martinique et envisagent de soumettre l’île. Au Fort-Royal, la résistance s’organise : entre jeu de dupes et incompréhensions, les quelques 161 soldats du fortin tiennent tête aux 4000 soldats flamands qui, dans leur déroute, abandonneront leur nom à la baie !

Les anses de la Martinique industrieuse

La rade de Saint-Pierre elle, se fait tombeau de trésors et d’histoire : avant de devenir le témoin de la bouillante éruption de la montagne Pelée, elle est l’excellent mouillage de la première colonie permanente de la Martinique, foulée en 1635 par Belain d’Esnambuc. Elle participe de son essor économique majeur, en faisant une capitale commerciale et culturelle à son apogée de la moitié du XVIIIe. En 1902, déjà très concurrencée par la nouvelle Foyal, elle disparait sous la fureur ardente du volcan : 40 navires, par-dessus les milliers d’âmes ensevelies. La Martinique des anses industrieuses, c’est aussi celle du tombolo, fleuron de la commune de Sainte-Marie, qui se constitue en une baie évolutive, porteuse de voies et de négoce.

En 1871, une enquête prévoit les conditions de construction d’un ponton de chemin de fer vers l’ilet Sainte-Marie, en vue de déverser la production de sucre de l’usine centrale dans les goélettes mouillées au large. Jusqu’en 1936, c’est un étrange ballet qui anime cycliquement le tombolo : des charrettes poussées à force d’hommes ou de mulets alimentent villes et îlets en vivres respectives : charbon, chaux et matériel contre boucauts de sucres, à destination du port de Cosmy, à Trinité. C’est le prolongement de la voie ferrée qui rendra le tombolo à l’unique bouillonnement des eaux, loin déjà de l’industrieuse économie sucrière.

Les criques de la Martinique touristique, moderne

Aujourd’hui, il y a le bouillonnement moderne des bassins d’activités, fers de lance de l’économie bleue sur l’île. La profonde baie du Marin et sa fronde de mâts, de coques et de pontons, s’est affirmée, depuis 1986, comme une marina d’ampleur caribéenne. Près de 830 postes à quais et d’une centaine de bouées plus loin, elle continue d’abriter, jusque dans ses trous à cyclone, l’effervescente plaisance des petites Antilles. Et puis, en majesté, la baie de Fort-de- France, au club des plus belles baies du monde, se pare de facettes innombrables : magnifiée par sa mangrove, à Génipa, au biotope unique, forte de la flèche urbaine de la Pointe-du-Bout touristique, forte des terres rougies de la Poterie, puissante de son tissu industrieux, du grand port maritime de la Martinique au très prisé Létang Zabricot. En contraste de temps, de lumières et d’espaces, la Martinique se dessine, riche et paisible, dans le creux de ses baies.

Texte : © Corinne Daunar
Photos : © Corinne Daunar, Collection L. Hayot Fondation Clément

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