La phytothérapie, au cœur de notre santé

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Par Vanessa Méril-Mamert

La phytothérapie vient du grec phyton, « plante », et therapeia, « soigner », c’est donc l’art de soigner par les plantes. Elle repose en partie sur une pratique traditionnelle, fondée sur l’utilisation ancestrale et locale des plantes. Partons à la découverte de cette thérapie naturelle.

La Phytothérapie : une science à la fois ancestrale et moderne

La phytothérapie existe depuis que le monde est monde. En France, les plantes médicinales sont aussi appelées « simples ». Aux Antilles, nous parlons de « rimèd razyé ».

La phytothérapie est considérée par l’OMS comme une médecine conventionnelle. En effet, il faut bien comprendre que ce n’est pas une médecine douce mais une thérapeutique chimique complexe. Les plantes soignent car elles contiennent des molécules chimiques appelés principes actifs qui agissent sur notre organisme. Ces actifs ont été étudiés et reproduits chimiquement pour être incorporés de nos jours dans de nombreux médicaments. Par exemple, on tire de l’armoise annuelle (Artemisia annua) l’artémisine qui intervient dans le traitement du paludisme. Les fleurs et les petites feuilles d’une plante connue depuis la nuit des temps, qui a aujourd’hui une réputation sulfureuse, le chanvre (cannabis sativa et indica) sont recouvertes de petites glandes résineuses contenant des cannabinoïdes, composants médicinaux actifs de la plante. Il en existe plus d’une centaine, dont les plus connus sont le THC et le CBD. Des études médicales ont confirmé les propriétés anti-inflammatoires et analgésiques du CBD, pouvant agir entres autres sur l’arthrose et la polyarthrite rhumatoïde, les douleurs menstruelles ou encore les céphalées. La consommation sous forme d’infusion des feuilles était déjà connue en Chine il y a plus de 2 000 ans avant notre ère. Aujourd’hui, les techniques modernes permettent d’extraire le CBD de la plante, pour profiter de ces propriétés sans l’effet psychotrope. On peut aujourd’hui se procurer du cannabis médicinal, sous forme d’huile de CBD ou d’extrait à vapoter.

D’où viennent les vertus des plantes ?

En fait les principes actifs sont les mécanismes de défense, vraies armes chimiques qu’ont développé́ les végétaux pour faire face aux agressions extérieures (microbes ou herbivores par exemple) : ce sont par exemple les alcaloïdes, les polyphénols, les flavonoïdes, etc. Nous, nous récupérons ces principes actifs pour en faire des préparations phytothérapeutiques pour nous soigner, aussi bien au niveau physique que mental.

Nous en savons de plus en plus sur les vertus des plantes de chez nous. Notamment grâce au travail du réseau scientifique TRAMIL, un organisme visant à recenser et faire connaître les principales plantes médicinales du bassin Caraïbe, à mieux comprendre leurs mécanismes d’action et leurs usages validés sur le plan scientifique. Se revendiquant comme la « propriété des peuples caribéens », c’est, selon Emmanuel Nossin, pharmacien/ethnopharmacologue, « un outil leur permettant de participer au grand combat pour la préservation de la Biodiversité ».

Utiliser les plantes en phytothérapie

Le savoir des plantes médicinales se transmettait de génération en génération, ou tout simplement par mimétisme. Mais les temps ont changé, et les médicaments des pharmacies ont largement remplacé les remèdes de nos anciens, par méconnaissance, par dédain ou par peur.

Quelques fois à juste titre, car tout ce qui est « naturel » n’est pas inoffensif. Il faut prendre quelques précautions pour bien utiliser la phytothérapie. On doit s’assurer déjà d’avoir la bonne plante ; pour cela, on utilise le nom latin complété des caractéristiques botaniques de la plante. Ensuite selon la partie de la plante utilisée (tige, feuille, fleur, racine…), les effets peuvent être totalement différents.  Enfin, pour savoir utiliser les plantes, il faut connaitre leurs propriétés, que nous développerons prochainement. De nombreux ouvrages sont disponibles à ce sujet.

Les précautions à prendre en bref :

• Apprendre à identifier les plantes toxiques de sa région. Exemples : le laurier-rose (vomissements, chute du pouls, mort), le datura (vomissement, hallucination, arrêt cardiaque), la liane serpent (risque de toxicité pour le foie), etc.

• Ne pas entamer d’automédication, surtout si vous prenez des médicaments (demander conseil au médecin-phytothérapeute ou pharmacien), certaines plantes peuvent interagir avec les médicaments 

• Connaitre les contre-indications des plantes avant de les utiliser.

• Suivre un plan de prise, respecter les dosages et la durée du traitement comme en thérapeutique classique

La nature a tant à nous offrir et il existe une multitude de façons de profiter des rimèd razyé. A partir de la plante fraîche ou sèche, on peut préparer des tisanes et des extraits (gélules, poudres, extraits alcoolisés), mais aussi des huiles, des crèmes, des bains et des cataplasmes pour un usage externe. La phytothérapie peut réellement être une alternative intéressante à certains traitements dans le cadre de troubles physiques ou psychiques légers à modérés.

Voici 3 recettes faciles et efficaces :

Tisane bien-être

6 feuilles de brisée

6 feuilles de menthe

5 cm de feuille d’atoumo

500 ml d’eau filtrée, bouillante

Infuser 15 min et déguster

Macérât huileux au moringa, revitalisant cutané et capillaire

100 g de poudre de feuilles de moringa séchées

400 g d’huile de coco

Mélanger dans un bocal. Laisser macérer 3 semaines à l’abri de la lumière, en secouant tous les 2-3 jours. Filtrer.

Tonique digestif et anti-inflammatoire

60 ml de vinaigre de cidre

10 g de gingembre râpé

10 g de curcuma râpé

50 g de miel

1 L d’eau tiède

Consommez un verre de cette boisson au besoin, en plusieurs prises.

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