La communauté Syrienne en Guadeloupe

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La Grande Syrie, pays du Moyen Orient, fut le berceau de civilisations de l’Antiquité. Il s’agissait alors d’un immense territoire qui abrita l’empire Sémite (2 400 avant J-C) et les cités phéniciennes (1 200 avant J-C). Ces peuples, reconnus pour leur talent de navigateurs, leur sens du commerce, ont également offert à l’humanité l’écriture et l’alphabet.

Bien qu’ayant vécu près de 2 000 ans sur ces terres, les chrétiens de Syrie furent souvent discriminés. Sous domination musulmane, ils devaient s’acquitter d’un impôt pour bénéficier d’une protection et vivre sur des terres qui leur appartenaient. Cependant chacun parvenait à vivre dans le respect de l’autre malgré les tensions attisées par les différents envahisseurs (Ottomans, croisés, colonisateurs …).

Le choix du départ

Ces conflits confessionnels sont à l’origine d’une première vague d’émigration vers les Antilles ; La trace des premiers Syriens en Guadeloupe s’observe dès la fin du XIXe, en 1885. Ces Syriens catholiques, qui choisissaient de quitter leurs terres, se lançaient dans un périple éprouvant de plusieurs semaines sans aucune certitude quant à leur destination finale ; Ils pensaient partir pour l’Amérique cependant le circuit s’organisait en plusieurs étapes via la Palestine, l’Egypte, la France avec une arrivée à Marseille. Direction ensuite le port d’embarquement à destination des Antilles. Faute d’argent pour certains ou pensant être parvenus en Amérique pour les autres, le voyage s’achevait parfois en Guadeloupe ou en Martinique. Certaines familles organisaient matériellement le départ du fils, du frère, du mari qui partait chercher du travail pour subvenir ensuite aux besoins de la famille restée en Syrie. L’expédition représentait un effort financier conséquent pour ces familles car au-delà du voyage, elles devaient également s’acquitter d’une caution de moralité s’élevant à la somme de 4 200 francs en 1939, à titre d’exemple. Obligatoire pour résider sur le territoire français, cette caution constituait un gage de la bonne conduite du nouvel arrivant, En cas d’incartade, une clause prévoyait le rapatriement vers son pays d’origine.

D’autres Syriens n’avaient d’autre choix que de financer leur voyage au fur et à mesure des étapes en travaillant. C’est ainsi que, certains, qui sillonnaient l’île en qualité de colporteurs afin de payer le voyage jusqu’en Amérique, choisissaient, en fait, volontairement de s’installer en Guadeloupe.

Une seconde vague d’arrivées, plus conséquente, s’observe dans les années 1940. Pour ces derniers, l’aventure est déjà plus encadrée car ils connaissent leur destination et sont attendus par des membres de leur famille installés sur place. La population d’origine syrienne est aujourd’hui estimée à 1000 personnes en Guadeloupe et autant en Martinique.

Arrivés sur leur terre d’accueil, ils s’improvisaient marchands ambulants, activité ancestrale ; Ils arpentaient les quartiers de Guadeloupe pour vendre leurs marchandises et se faisaient héberger chez l’habitant.

Leur objectif : se constituer un pécule avec l’intention d’ouvrir, par la suite, un petit commerce généralement situé dans les communes du Moule ou de Pointe-à-Pitre tout en réussissant à envoyer de l’argent à la famille restée en Syrie. Leur premier réflexe était d’apprendre le créole afin de communiquer rapidement avec la population. Pour l’anecdote, dans les années 1930, Monsieur Doumith , récemment arrivé de Syrie, parvenait à mettre en place le premier réseau de transport par camion sans encore s’exprimer en français.

Plusieurs générations se sont succédées mais la population d’origine syrienne garde profondément ancrée ses origines tout en assumant son appartenance guadeloupéenne.

Si l’esprit du commerce reste dans leurs gènes, les nouvelles générations, parties étudier aux quatre coins du monde, se tournent désormais vers des activités professionnelles plus diversifiées. C’est ainsi que la communauté Syrienne compte dans ses rangs un ancien bâtonnier en la personne de Maître Jamil Houda. La communauté est représenté par un Consul Honoraire, Monsieur Joseph Azar.

Cependant quel que soit le domaine d’activité, leurs descendants ont su préserver une philosophie de vie qui consiste à prospérer avec les autres peuples dans le respect d’autrui, en gardant à l’esprit la valeur du travail et la pugnacité qui les caractérisent.

Des fouilles archéologiques laissent à penser que la ville de Damas aurait été fondée vers 9 000 ans avant J-C et Alep vers 5 000 avant J-C, les plaçant ainsi au rang des villes les plus anciennes du monde.

Texte : Christine Morel – Photos : © DR

Mes remerciements à M. DOUMITH et M. Joseph AZAR.

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