HABITATION NÉRON

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Cette Habitation est à découvrir section Lacroix dans la commune du Moule, autrefois fief de l’aristocratie coloniale et fort prospère courant XVIIIème, car elle hébergeait le plus grand port commercial de la Guadeloupe.

François Néron (1644-1712)
Fils de François et Jeanne née Gilloire, on le recense à Baillif en 1664, au quartier de la Montagne Saint-Louis, sur la sucrerie de Jean Boucqueteau où sa case porte le numéro 154. Quelques années plus tard, marié à Christine Le Mercier, il vit à Trois-Rivières, *« Sans enfants, catholique avec 1 serviteur blanc, 2 nègres, 4 négresses, 5 négrittes, 1 fusil, 2 pistolets, 1 épée ». Il est Lieutenant des Troupes de la Compagnie des Indes Occidentales, Capitaine de Milice et 1er commandant de la Grande-Terre (Sainte-Anne).

Pierre Néron Beau-Clair Fils (1678)
Ce Commandant de Quartier, achète en 1740, un terrain de plus de cent hectares sur la commune du Moule. Il y fait bâtir une petite habitation qui vit en autarcie, équipée d’une sucrote abritant des chaudières où travaille une centaine d’esclaves.

Pierre épouse  en secondes noces Anne Charropin (1675-1695), (dont la famille a laissé son nom au moulin de Charropin à Petit Canal). Ils ont un fils, également baptisé Pierre, ainsi qu’une fille Anne-Christine (1695-1765),  laquelle **« veuve, vivra à 50 ans une tragique histoire d’amour avec un Capitaine Aide-Major du Régiment Royal Roussillon, le chevalier Charles Victor d’Amon. Il dilapidera sa fortune dans le jeu et les fêtes puis s’enfuira seul en France. Il sera condamné aux galères, par contumace et Anne-Christine fort marrie, retournera dans sa famille ».

La Propriété
Réquisitionnée durant la Révolution, dénommée « Hussey », l’arrêté du 1er Novembre 1801, signé Pélage, Frasans, Danois et Corneille, prononce la main levée de son séquestre, dont ***« les ¾ reviennent à la citoyenne Sergent, veuve Hussey et à ses deux enfants nés du premier lit, Louis Nicolas et Charles Pierre Néron Beau-Clair, héritiers de Nicolas François Néron Beau-Clair supplicié en 1794 ».

Gérée en 1811 par Nicolas Bourgoin, endommagée comme le furent beaucoup d’autres biens et nombre de moulins par le séisme de 1843, elle est rachetée en 1859, par Mr de Bouglon. Dès 1868, la maison du Géreur est présente sur des actes notariés.

En 1912 on distille du rhum à l’usine et en juillet 1933, la famille Fabre devenue entre-temps propriétaire, revend la propriété à Roger Beuzelin qui modernise la distillerie produisant le rhum Néron. Un prêtre vit à demeure sur la propriété où une chapelle est édifiée près de l’Habitation. Restaurée en 1993, accessible par une allée bordée d’arbres séculiers, en 1944, le Père Tricot y a peint des soldats sous la plaque  «  Place du Maréchal Pétain  ».
La distillerie qui produit 693 hl d’alcool en 1959, ferme ses portes en 1965.

De nos jours
Derrière l’Habitation de bois au toit de tôle percé d’un chien assis  ; deux bassins alimentaient l’Habitation en eau ainsi que la distillerie. Dans l’ancien hangar, il ne reste aujourd’hui que quelques machines, la balance extérieure servant à peser la canne à son déchargement et le majestueux moulin à vent en pierres édifié début XXème.

Cette Habitation fait partie du circuit touristique  «  La Route de l’esclave. Traces-mémoires en Guadeloupe  ».

*Généalogie et Histoire de la Caraïbe Juin 1989.
** Sources  : R.P Sainte –Anne de la Guadeloupe, Dossier d’AMON Colonies E 4 Borel d’Hauterive « Dictionnaire de la noblesse » 1874.
***Extrait du livre d’Hypolite Frasans « Mémoire pour le chef de brigade Magloire Pélage, et pour les Habitants de la Guadeloupe ».

Texte & Photos : Angel Saint-Benoit

 

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