DES JOUJOUX PAR MILLIERS

par Maisons Créoles

Et vous, le sentez-vous, ce doux parfum de temps marqués par nos prophètes ?  Tandis que les cochons frémissent déjà, que le logis bourdonne de l’effervescence de l’avant, que les décoctions, schrubb et liqueurs d’atoumo envahissent les placards, les vieux cantiques écornés sont dépoussiérés et les peaux de tambours  tendues comme jamais. Et au creux de cette agitation, un échange d’importance suspend le moment, l’espace d’une histoire : « Et toi papy, tu avais quoi comme jouet à la Noël ? ».

Un regard amusé, une flamme dans la voix, il n’en fallait pas plus à Ti Gé pour retrouver sa malice d’enfant et entrainer cette toute jeune génération dans un fourmillement de souvenirs et de saveurs.

N’OUBLIE PAS MON PETIT SOULIER
Parce que l’Avant, c’était toute une affaire ! Et la question des jouets, un incontournable pour une myriade d’enfants malins, parfois chenapans, mais très joyeux. Mais attention, notre ainé se rappelle bien que ce n’était pas à Noël, nuit sacrée s’il en est, que l’on pouvait bien espérer recevoir un joli poupon, une toupie en bois ou une roulette toute cabossée. Passés les chants, la grand messe et la soupe maigre, il patientait sagement jusqu’à la nouvelle année, où entouré de toute la fratrie, il se réjouissait autant du lot de personnages en fer-blanc et de yoyos portés par les Étrennes  Et au rendez-vous de la rue du souvenir, elles sont nombreuses ces petites doucelettes à la manière des madeleines de Proust, à s’être pour toujours ancrées dans les pages de ces Noël d’Antan Lontan.

Toute vêtue de morceaux de tissus, de toiles cirées et coiffée d’une pelote de laine, la « dedette » de ces tendres années ouvrait de grands yeux ronds comme des boutons sur le monde qui l’entourait. La roulette, le taxi pays fait de matériaux ramassés dans la campagne, le bilboquet et le trolley enchantaient et entrainaient leurs jeunes propriétaires dans des courses effrénées.

Pour les familles les plus fortunées, les boutiques de l’en ville s’habillaient souvent dès la fin du mois de novembre des plus beaux objets de la Métropole : voiturettes en métal, poupées biscuits au visage finement dessiné et aux trousseaux inestimables, pièces en argent ou cheval à bascule en bois ciselé. Les poupons Jumeau ou Bru arrivés par bateaux s’arrachent au début du siècle dernier, et font la fierté de la bourgeoisie foyalaise. Et lorsque les origines se voulaient plus modestes, l’école restait le fer de lance de la méritocratie républicaine, offrant à ses petits érudits les plus méritants un précieux joujou.

DÉBROUYA PA PÉCHÉ
Mais quand ces temps forts étaient  trop loin dans l’année, tout poussait ces bricoleurs en herbe à suivre l’exemple de leurs ainés à se confectionner eux-mêmes ces jouets tant convoités. Un credo  le Débrouya pa péché, une multitude de bonnes d’idées, comment autant de tronçons de bois, de bouts de ficelles, bobines de fil et flotteurs chapardés aux filets de pêcheurs, et voici déjà une toupie colorée qui tournoie sans ne plus jamais s’arrêter. En argile ou en bois, à partir noyau de lychee ou d’une branche de goyavier, peint ou taillé, ce jeu d’adresse plus vieux encore que Man Apolline, n’avait plus aucun secret pour la foule des ti manmay impatients. Et impossible d’oublier ces fameux travaux pratiques du samedi après-midi à l’école primaire, où tout un chacun pouvait enfin se fabriquer un joujou digne de ce nom et s’occuper joyeusement : camion de bois, polichinelle à partir de morceaux de fines cordes ou petits personnages de bric et de broc. Dans les campagnes, ces aventures manuelles se poursuivaient jusque dans les logis, et les bwabwas maisons ne cessaient d’envahir les salles à manger et les terrasses.

IMAGINATION PANI LIMIT
Et soudain, dans un vent de nostalgie, une roue loto dévale la rue avec un gamin hurlant. Désormais, tout fait jeu, et Ti Gé se revoit déjà au fond de sa ravine, là où le canon de bambou lançait ses flammes et l’arbalète (ou lance-pierre) dégommait un merle. Le téléphone en boite d’allumettes est décroché pour inviter les copains de quartier à ressurgir du passé. Les échasses faites de deux grosses conserves et d’une corde de chanvre, le bilboquet, la bobine Thiriez arrivée de Lille par bateau, la roulette, les kristals (billes d’argiles, agates et roulements) surgissent dans l’histoire du grand-père, et s’émancipent du poids du temps pour reprendre vie au creux de l’imagination insatiable des petits d’aujourd’hui.

Texte & Photos : Corine Daunard
Remerciements à Barbara Cidali se pour ses poupées et Denis Fordant pour ses jouets.

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