{Portrait} La communauté Rasta en Guadeloupe

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Le rastafarisme ne se résume pas à des adeptes portant des dreadlocks, des vêtements aux couleurs rouges, jaunes et verts, écoutant du reggae et fumant de la marijuana. S’il est considéré simplement comme un mode de vie ou une philosophie de vie pour certains, le rastafarisme constitue une véritable religion inspirée de la Bible et une culture pour les plus fervents.

Ce courant a vu le jour dans les années 20 en Jamaïque. Il atteint notre archipel dans les années 70 où ses membres forment une communauté auto-suffisante à l’image du collectif K-Soné établi à Sainte- Rose. Dans ce village atypique, les membres, tous végétariens, sont des agriculteurs de la filière biologique. Ils sont également réputés pour leur dextérité et fabriquent des meubles taillés dans la masse en bois pays (poirier, filao, fruit à pain, amandier …) et des paillottes en paille. Ces dernières sont dotées d’armatures en tendacayou, d’une charpente en bois d’inde et d’une couverture en feuille de latanier sans recours au béton ou à des vis.

La genèse du rastafarisme

Le jamaïcain Marcus Garvey, brillant orateur qui lutte contre la mentalité coloniale qui perdure, prônant le retour aux racines africaines, est à l’origine de ce mouvement dans les années 20 : il ordonne à sa communauté de regarder vers l’Afrique d’où viendra la renaissance et « où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir vers sa délivrance ». Or, en 1930, en Ethiopie, le couronnement de l’empereur Hailé Sélassié 1er vient concrétiser cette prophétie. L’empereur est considéré comme sacré par son ascendance (il serait un descendant direct du Roi Salomon et de la Reine de Saba) et son nom de naissance Ras Tafari signifiant « seigneur ou leader » en langue éthiopienne. Ce mouvement, porteur de l’espoir du renouvellement du monde en termes de justice, de paix, de bonheur humain, prône un contexte pacifique, un retour aux valeurs naturelles, dénonçant les dérives du système basé sur la réussite, rejetant Babylone (ce monde occidental où règne le matérialisme, le capitalisme, la politique, toute sorte de diktats …).

S’il est difficile de résumer le message du rastafarisme, quelques principes de vie s’en détachent :
-le végétarisme : les rastas se nourrissent sainement, uniquement de produits frais et sans aucun aliment provenant d’un animal, excluant également toute nourriture non biologique.
-l’alcool est interdit
-ils ne doivent pas se raser, ni se couper ou se peigner les cheveux d’où l’apparition des dreadlocks. Elles représentent les racines qui les relient à la nature et le prolongement de la pensée. Cette coiffure est également une référence à la crinière du lion de Juda (du livre de la Genèse) que les fidèles vénèrent.
-l’herbe sacrée, dont la consommation permet à l’âme de s’élever vers dieu et de fusionner avec lui, est autorisée. Le terme « ganja » provient d’Inde. Il est arrivé avec les Indiens engagés venus travailler en Jamaïque après l’abolition de l’esclavage.
-Les rastas vivent en harmonie avec leur environnement et les autres membres de la communauté afin de se débarrasser des énergies négatives.
-Les couleurs (le rouge, le jaune et le vert) arborées par les adeptes sont celles de l’Ethiopie impériale d’Hailé Selassié.

Ne pas confondre rastas et porteurs de dreadlocks

Si les dreadlocks constituent la coiffure traditionnelle du rasta, elle n’en reste pas moins portée par de nombreuses personnes non adeptes de ce mouvement. Elles correspondent alors plus à un signe d’appartenance à une philosophie de vie sans que, pour autant, la personne concernée applique les principes fondamentaux du rastafarisme et soit intégrée dans la communauté rasta. Le reggae, musique phare du mouvement rasta, grâce à Bob Marley est souvent associé au rastafarisme et leur permet de diffuser leur idéologie. Marcus Garvey est souvent cité dans les chansons de Bob Marley.

Texte © Christine Morel

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